24601

Les Miserables24601, c’est le numéro de matricule du prisonnier Jean Valjean. C’est aussi, peut-être, le nombre de spectateurs qui auraient dû assister à la comédie musicale Les Misérables pour qu’elle s’achève ce soir dans les chiffres noirs.

Hier soir, à la minute où l’orchestre du Conservatoire de Lausanne et les comédiens chanteurs engageaient les premières notes de A la volonté du peuple, la chanson finale, j’étais à mille lieues de me douter que ceux qui allaient êtres remerciés par une standing ovation risquaient bien de voir une partie de leur salaire passer à la trappe.

La réalité rattrapait la fiction : Les Misérables allaient être traités comme tels.

Malheureusement, la réalité n’allait pas jusqu’au bout et s’arrêtait aux portes de la «bienséance». Malgré une sérieuse coupe dans leur salaire – peut-être presque un tiers, seuls les techniciens allaient taper du poing sur la table et obtenir quelque chose.

Et pourtant, tout était là, à disposition sur la scène, pour entamer une insurrection : les barricades, les barils de poudre et les fusils. Mais tout était chargé à blanc et les comédiens aussi. Il ne se passa rien, le spectacle se déroula comme si de rien n’était. C’est sans doute ce que l’on appelle la conscience professionnelle. Cette conscience qui fait de nous des êtres soumis sous peine d’être, exactement comme dans La Dernière Attaque, tous touchés à mort.

La révolte, comme la révolution, attendra. Les Javert modernes ont encore de beaux jours devant eux.

Tout cela laisse un arrière-goût amer : faut-il vraiment attendre, comme les protagonistes des Misérables d’être tous morts pour entonner A la volonté du peuple?

À la volonté du peuple
Et à la santé du progrès
Remplis ton coeur d’un vin rebelle
Et à demain ami fidèle
Nous voulons faire la lumière
Malgré le masque de la nuit
Pour illuminer notre terre
Et changer la vie

À voir …

Comme ce monde n’est pas avare en paradoxes, comment interpréter les acclamations d’une foule conquise, qui paie le prix fort – entre 84 et 159 francs – une création qui fait l’éloge de la résistance et de la lutte et qui se termine sur un appel au soulèvement ? Combien parmi les milliers de spectateurs qui ont applaudi les chanteurs des barricades ont aussi applaudi à la condamnation des jeunes qui en avaient dressé de beaucoup plus petites lors de la manifestation anti-Blocher en septembre 2007?

Enfin, comment est-il possible que le très engagé à droite Michel Sardou ait pu chanter A la volonté du peuple ? Jusqu’où ces paradoxes vont-ils nous emmener ? Vera-t-on demain un chœur formé de Le Pen, Blocher, Berlusconi et compagnie nous entonner L’Internationale?

Allez savoir.

En attendant, je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir, ce soir, à Beaulieu, la dernière des Misérables, c’est du bon travail et les artistes doivent d’être payés.

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9 Réponses to “24601”

  1. anne papilloud Says:

    taratata, il n’y a pas que les techniciens à être combatifs, ils sont soudés comme les doigts de la main, les artistes et les travailleurEs de l’ombre et ils sont magnifiques !

  2. Alain Hubler Says:

    Voilà une précision qui fait plaisir à lire ! 🙂

  3. taillens Says:

    D’accord. Mais quelle solution ? Je suis persuadée que personne ne s’est enrichi. Aurait-il fallu renoncer à créer ce projet ?

  4. Alain Hubler Says:

    Renoncer à créer le projet, non. Peut-être fonctionner en association comme les autres compagnies, engager plus de comédiens chanteurs locaux, chercher plus de partenaires/sponsors, demander des subventions, éviter de trop compter sur les recettes, que sais-je …

    Mais faire participer les travailleurs à l’éventuel déficit, brrrr !

    Ceci dit, ce qui m’a franchement stupéfié, c’est le décalage total entre l’actualité en général, le public et le thème de la comédie musicale …

  5. taillens Says:

    Mais mon brave Monsieur, chez nous il n’y a pas de misère….

  6. Alain Hubler Says:

    En êtes-vous si sûre …

  7. taillens Says:

    Ah chère Ironie, ne peux-tu pas changer le vie ?

  8. Alain Hubler Says:

    Pfff, je n’ai pas compris l’ironie !
    Par contre, je suis allé au pestacle et j’ai aimé !

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