Violences urbaines : un début de solution

Lausanne capitale de la nuitMardi dernier, lors de la dernière séance du conseil communal de Lausanne, Philippe Jacquat, le chef du groupe Lausannensemble, a déposé une interpellation sur les violences urbaines. Si le conseiller communal a très laborieusement recensé et amalgamé un grand nombre de faits-divers afin de servir sa cause sécuritaire, il n’en demeure pas moins que certains quartiers de la capitale vaudoise sont assez chauds une fois le week-end venu.

Dans ce contexte, certains proposent des solutions à l’emporte-pièce: durcissement du code pénal, durcissement des lois sur l’asile – c’est déjà fait, merci – ou en profitent pour stigmatiser la classe politique. Surtout celle de gauche qui a le tort de ne pas vouloir renouer avec les goulags.

À grand coup de gueule, chacun y va de sa petite solution populiste. Mais personne ne veut bien voir les raisons – du moins l’une des raisons – pour lesquelles certains pètent les plombs le week-end et se mettent à confondre la rue avec un ring de boxe: les innombrables discothèques où l’alcool coule à flot et l’usage plus ou moins «récréatif» de drogues.

Il faut dire que, depuis 1995, année de la suppression de la clause du besoin, le nombre de discothèques a purement et simplement doublé à Lausanne. Le quartier du Flon est devenu une des attractions de la vie nocturne romande et sa réputation dépasse nos frontières. Un certain syndic du nom de Jean-Jacques Schilt n’avait-il pas dit, non sans fierté, que « le Flon est connu jusqu’à New York ».

Du coup, Lausanne attire dans ses rues jusqu’à 40’000 visiteurs chaque fin de semaine. Des visiteurs qui vont s’engouffrer dans les différents bars et discothèques pour y boire autre chose que de la tisane et, peut-être, profiter de ces nuits «d’éclate» pour absorber quelques alcaloïdes ou autres substances de synthèse.

À la question posée à un «commerçant» de rue qui vend des produits illicites afin de savoir pourquoi lui et ses collègues étaient si nombreux à battre le pavé lausannois, la réponse fut à la hauteur de celle que m’aurait fournie n’importe quel grand capitaine de notre belle économie capitaliste basée sur la liberté de commerce et la saine concurrence: «Si on est nombreux, c’est que la demande est importante.»

En supprimant la clause du besoin – qui permettait de limiter le nombre d’établissements publics – de sa Loi sur les auberges et les débits de boissons, le canton de Vaud a permis l’explosion de ces derniers au point que c’en est devenu une industrie: les petits bistrots dans lesquels tout le monde se connaît et, du coup, se maîtrise socialement ont été noyés dans une marrée de discothèques et de clubs où l’anonymat, l’alcool et la poudre blanche incitent au laisser-aller et, parfois, au pire. Ce n’est un secret pour personne, l’alcool, la drogue ou le mélange des deux rend rarement plus intelligent. Et ce ne sont pas les quelques armoires à glace qui sécurisent l’intérieur et les abords immédiats de ces supermarchés de la nuit qui endigueront les débordements de ceux qui ont forcé sur les psychotropes de tout type.

Lausanne avait pour ambition de devenir un supermarché à ciel ouvert de nuit comme de jour. C’est réussi ! La consommation bat son plein et les acteurs de la vie nocturne sont tout fiers d’annoncer qu’ils pèsent 2’500 emplois et qu’ils distillent une masse salariale de 20 millions. On en déduira que le statut de capitale de la nuit et le profit occasionnent quelques dommages collatéraux et que le nombre de discothèques et dancings ayant doublé, il est assez logique que ces dommages en aient fait de même.

Enfin, on se demandera si le retour de la clause du besoin ne serait pas une piste sérieuse pour régler une partie de ce problème de pollution nocturne … Mais ça, la droite économique n’en voudra pas !

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