Roulette libyenne

Dath al-Imad towers, TripoliHans-Rudolf Merz a probablement joué à la roulette russe. C’est la sale impression que me laisse le coup de force faiblesse du président de la Confédération dans l’affaire des otages suisses retenus en Libye.

L’Appenzellois donne l’impression d’avoir joué quitte ou double et d’avoir abattu sur une seule mise toutes les cartes qu’il avait dans son jeu.

Certains ont beau estimer que Merz s’est comporté comme un paysan appenzellois fraîchement descendu de son alpage qui ne connaîtrait rien à la diplomatie, son coup sera peut-être, mais seulement peut-être,  fatal à l’arrogance du « frère guide ». Il est fort possible que Hans-Rudolf Merz ne soit pas un spécialiste de la diplomatie, il n’empêche que depuis le temps que la crise dure, que le Conseil fédéral reçoit des informations, des analyses, des mémos du Département fédéral des affaires étrangères et des services secrets suisses, celui qui est tout de même licencié en HEC et docteur en sciences politiques devait bien avoir une « petite » idée des conséquences possibles de ses choix.

Non, Merz n’est pas un naïf ou un guignol qui s’est embarqué à la légère. Au contraire, en prenant tout sur lui – il annonce assumer seul, et entièrement seul, les conséquences de ses actes – le président de la Confédération a mis en jeu en une seule fois toutes les mises, sauf l’argent, que l’on pouvait imaginer : son honneur – une mise que le colonel doit apprécier à sa juste valeur – celui de la Suisse et de ses habitants, mais aussi la sacro-sainte collégialité dont le Dictionnaire historique de la Suisse dit qu’elle est « supposée créer l’unité, tempérer et brider l’autorité individuelle ». Et encore plus : le fédéralisme, la souveraineté cantonale et la séparation des pouvoirs.

Il a tout mis sur la table. Il s’est lancé dans un pari de fou. Une folie qu’il doit probablement estimer nécessaire et suffisante pour faire craquer un mégalomane qui rêve d’être le fer de lance du continent africain face à l’arrogance occidentale et dont le fils délinquant envisagerait volontiers de lancer une bombe atomique sur un pays qui a eu le tort de lui appliquer ses lois. Un pari fou qu’il a estimé être la seule réponse à la … folie du colonel.

Le président de la Confédération s’est donc lancé dans un véritable et gigantesque coup de poker dont le gain espéré, en cas de réussite, est le retour des deux otages et surtout – surtout ! – l’accès à la bagatelle de 50 milliards de dollars de marché potentiel.

Et, accessoirement, le conseiller fédéral assied aussi, peut-être, la position du Parti libéral-radical dans la grande course au siège vacant du 16 septembre prochain.

Et en cas d’échec ? Le président assumera et se retirera et restera dans l’histoire comme le conseiller fédéral qui a essayé de battre Mouammar Kadhafi sur son propre terrain : la folie, la mégalomanie et l’égocentrisme. Mais une fois retiré – ce qu’il envisagerait de toute manière – la diplomatie suisse aura bien du mal à trouver une autre monnaie d’échange. Ce sera alors l’heure de passer aux mises en espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais pour l’instant le barillet tourne toujours et rien ne dit qu’il ne s’arrêtera pas sur la balle fatale. Du coup, on peut se demander qui est le plus fou et le plus mégalomane.

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