Miam, miam … beurk !

Boîte de lait Guigoz (env. 1920)Comme beaucoup de petits Suisses des années soixante, mes premiers contacts avec l’univers Nestlé remontent à ma plus tendre enfance : je suis un « bébé Guigoz », c’est-à-dire un petit d’homme nourri à la poudre de lait de l’entreprise gruyérienne qui allait être achetée au début des années septante par le futur mastodonte de l’agroalimentaire Nestlé.

Aujourd’hui, la marque dont le logo représente une maman (ou un papa ?) oiseau qui donne la becquée à ses petits dans le nid, ambitionne de nourrir, ou plutôt de vendre de l’alimentation à, la terre entière. L’objectif du géant et de ses quelques adversaires sur le marché de la (mal)bouffe : conquérir le monde pour le gaver des produits issus de ses usines. Et exclusivement de ses usines, sinon ce n’est pas commercialement intéressant.

Et, c’est le 1er avril dernier – j’ai crû un moment que c’était un poisson pané Findus – que Peter Brabeck, le CEO de Nestlé déclare dans une entrevue accordée au Financial Times que la crise alimentaire va devenir « pire » et que les plus pauvres ont déjà été « touchés très, très durement ». Il ajoute qu’il s’attend à une augmentation des prix alimentaires de 3 à 4 % en raison d’une hausse de la demande.

Bref, le patron de Nestlé prépare le terrain glissant sur lequel son entreprise évolue en diffusant largement ses prévisions pessimistes, mais réalistes, tout en omettant soigneusement d’évoquer l’écrasante responsabilité des entreprises agroalimentaires dans ladite crise alimentaire.

Au premier rang de ces responsabilités, on trouve la très juteuse politique de production exportatrice imposée aux pays du Sud par les institutions financières internationales histoire de diminuer leur dette. Une politique qui se fait bien évidemment au détriment de l’agriculture vivrière de ces pays et pour le plus grand bénéfice des entreprises comme Nestlé, Parmalat et Gloria qui contrôlent tout le commerce alimentaire de pays comme le Brésil.

C’est ainsi qu’après un bénéfice record, en hausse de 70 %, de 18 milliards de francs suisses pour 2008, Nestlé peut espérer remettre la compresse en 2009 en imposant une « croissance organique » de 5 à 6 %.

Pendant ce temps, un être humain meurt de faim toutes les trois secondes.

Étiquettes : , , ,

6 Réponses to “Miam, miam … beurk !”

  1. Brésil services » Miam, miam … beurk ! « Alain Hubler blogue Says:

    […] post by Alain Hubler Tags: […]

  2. Le Monolecte Says:

    Merci, Alain, pour ce papier très très instructif. On nous bourre le mou avec la crise des pauv’ ch’tites banquiers et on détourne le regard de ceux qui morflent vraiment… pour le plus grand profit d’une toute petite poignée de gens.

  3. Alain Hubler Says:

    Pas de quoi Mâme Monolecte ! J’aurais aussi pu chercher un peu plus loin et faire mieux. Mais je suis loin d’avoir ton talent !
    Un talent que j’ai particulièrement apprécié dans ton dernier billet « La politique expliquée à ma fille« , du grand art !

  4. David Says:

    Oui, je me suis aussi demandé pourquoi M. Brabeck était aussi préoccupé de la faim dans le monde; c’est un sujet qui n’est généralement pas à l’avantage de Nestlé. Personnellement, j’ai vu deux explications possibles:
    – peut-être qu’il veut lancer le thème de la cherté des matières premières, pour dire par exemple que les droits de douane font beaucoup, beaucoup de mal aux pauvres gens. Et qu’ils limitent les profits de Nestlé, mais il n’y a pas besoin de le préciser. En d’autres termes, il espère que si les prix baissent pour les pauvres, ils baissent aussi pour les riches.
    – ou alors il est complétement à côté de la plaque.

  5. Labo Says:

    Si Nestlé, comme bien d’autres, s’intéressait aux pauvres et aux conséquences que la crise a sur eux, on vivrait dans un autre monde. Je suppose que le vieux Brabeck prépare une augmentation des prix ou, comme dit David, un coup tordu visant à réduire ses frais en passant pour le bambi de service.

  6. agrandir votre penis Says:

    yummy yummy

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :