«Tsahal» : un dérapage sémantique organisé ?

Site officiel des forces de défense israéliennesPour tout le monde, et surtout pour la presse qui en use et en abuse, «Tsahal» signifie «armée de l’Etat d’Israël». Mais qui a déjà remarqué que «Tsahal» s’écrit avec une majuscule et est utilisé sans article exactement comme s’il s’agissait d’un nom propre ?

Pourtant «Tsahal» n’est en fait qu’un acronyme dont l’origine est à rechercher du côté de l’hébreu «TSva» pour «armée», «Hagana» pour «de défense» et «LéYisraël» pour «d’Israël» ou, littéralement, «armée de défense d’Israël». Un acronyme que l’on ne se donne même plus la peine d’épeler comme «CFF» ou comme «CICR» et que l’on n’écrit plus tout en majuscules comme le veut l’usage.

C’est ainsi que petit à petit l’armée israélienne s’est dotée d’une personnalité et même, presque, d’une existence propre. «Tsahal» n’est plus ce qu’elle aurait toujours dû rester : une armée comme toutes les armées du monde. Au contraire, elle est devenue une exception qui se distingue de toutes les autres armées du monde par son nom propre. Une entité quasi divine comme le relève Langue sauce piquante, le blog des correcteurs du Monde.fr qui en fait une sorte de divinité guerrière au même titre qu’Arès, Mars ou Thor.

Ce glissement sémantique, qui a permis de transformer l’acronyme d’une des armées de ce monde en un nom propre désignant somme toute un héro national aux mille visages et à la mission divine, a fait réfléchir France Inter qui, en 2002, avait décidé de ne plus utiliser l’appellation «Tsahal».

Mais celui qui parle le mieux de ce qu’il appelle une «machination lexicale» est Christophe Gallaz, qui, en 2002 aussi, concluait un de ses articles ainsi : «Alors qu’il faudrait s’attacher à distinguer clairement tout ce qui peut l’être, [notre intelligence] persiste allègrement dans l’imbroglio mental faisant que l’antisionisme égale l’antisémitisme, et qu’une manifestation de palestinophilie passe pour un amour du terrorisme. Salades! Déblayons! Autrement dit l’armée d’Israël ne s’appelle pas «Tsahal», point à la ligne.»

Il y a fort à parier qu’en ce qui concerne la communication, qui constitue un des nerfs de la guerre moderne, il y a quelque intérêt à répéter systématiquement «Tsahal» au lieu «d’armée israélienne».

  • Crédit image : copie d’écran du site officiel des forces de défense israéliennes.
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2 Réponses to “«Tsahal» : un dérapage sémantique organisé ?”

  1. Al-Kanz Says:

    Bonjour,
    On distingue les acronymes imprononçables autrement qu’en épelant les lettres : ANPE, ONG, CPAM de ceux que l’on prononçait comme un mot : Fnac, Cimade et donc Tsahal. L’acronyme devient en quelque sorte un mot, et plus précisément un nom propre. Rien de surprenant à cela.

  2. Tweets that mention «Tsahal» : un dérapage sémantique organisé ? « Alain Hubler blogue -- Topsy.com Says:

    […] This post was mentioned on Twitter by Al-kanz.org, * Green Islam *. * Green Islam * said: Tsahal est un dérapage sémantique https://alainhubler.wordpress.com/2009/01/13/%C2%AB-tsahal-%C2%BB-un-derapage-semantique-organise/ […]

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