SMIG vaudois : la gauche en léger froid

logo salaire minimum vaudoisÀ gauche toute ! vient de lancer son initiative pour un SMIG vaudois. L’objectif est de fixer dans la Constitution vaudoise le principe d’un salaire minimum cantonal garantissant à toute personne salariée un revenu décent.

Certes, l’initiative ne fait que suggérer un montant de 3500 francs net par mois sur 13 mois. Mais si ce montant n’est pas fixé dans le texte de l’initiative, c’est bien évidemment parce que cela imposerait une modification de la Constitution pour chaque revalorisation du salaire minimum vaudois. Cela est bien évidemment impossible.

En cas de succès de l’initiative, c’est donc au Grand conseil qu’il reviendra de fixer ce montant et ce sera aux partis de gauche et aux syndicats de mouiller leurs chemises et de se « décarcasser » pour que ce montant apporte un véritable plus aux employés les moins bien lotis.

Et c’est là que le bât blesse. Les Verts, le PS et les plus gros syndicats ont refusé de rejoindre le comité d’initiative au motif que l’initiative populaire est une voie trop lente pour obtenir gain de cause et que l’initiative ne contient pas de montant indicatif. C’est en substance ce qu’expliquait samedi dernier à 24 heures le chef du groupe socialiste Grégoire Junod :

Avec cette proposition, la cause des employés n’avance pas d’un pouce, s’agace le député socialiste et syndicaliste Grégoire Junod. Il aurait au moins fallu mettre un montant indicatif dans l’initiative. Sur le fond, le Parti socialiste a toujours soutenu le principe d’un salaire minimum. Mais nous aurions préféré une solution rapide et efficace pour le mettre en place.

En clair, dans un premier temps, on ne soutiendra pas cette initiative avec laquelle on est d’accord sur le fond, parce que la voie – de l’initiative populaire – choisie est trop lente. Mais bien entendu, on montera dans le train à la veille de la votation populaire quand vous aurez fait le gros du travail, c’est-à-dire récolter les signatures.  Je prends bonne note et je m’interroge …

Dans ce cas, pourquoi le parti socialiste a-t-il choisi le 9 décembre 2003 d’introduire un salaire minimum pour les employés de la Ville de Lausanne ? Et surtout, pourquoi a-t-il choisi de fixer le montant de ce SMIG au niveau du plus bas de la plus basse des classes de salaires créées pour cause de rigueur budgétaire ?

Certainement parce que c’était une solution rapide et efficace … pour donner l’impression que l’on s’intéresse au sort des employés de la Ville victimes de l’austérité financière de la majorité rose-verte de la Municipalité lausannoise.

P.S. 1) Un membre d’un parti de droite rencontré après rédaction de ce billet m’a avoué que notre initiative avait deux avantages : relancer la croissance (!) et inciter les personnes les moins bien payées à travailler. Il serait donc assez tenté de la signer, mais en cachette !
2) SMIC = Salaire minimum interprofessionnel de croissance
SMIG = Salaire minimum interprofessionnel garanti
J’aime mieux le deuxième. 

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6 Réponses to “SMIG vaudois : la gauche en léger froid”

  1. zozieau Says:

    J’espère que tu me diras à l’oreille qui est objet du PS1😉
    Pour ma part, je soutiendrai cette initiative, même si je crains un peu de potentiels effets pervers en matière de sous-emploi – augmentation des temps partiels et travail sur appel, déjà une plaie pour les bas salaires, dont on parle peu…

  2. Alain Hubler Says:

    Je ne suis pas journaliste, mais j’ai compris une chose : il ne faut jamais dévoiler ses sources, sinon elles se tarissent et se taisent à jamais …

  3. ms Says:

    Juste une petite réflexion: est-ce que celui qui vous a dis qu’un smig relancerait la croissance a un diplôme d’économie? J’en doute… Cela n’est pas vrai, la croissance provient uniquement du progrès technologique. Est-ce qu’introduire un smig est une bonne chose? Je ne sais pas, cela peut l’être d’un point de vue moral. Par contre, il ne faut pas oublier que d’un point de vue économique, un salaire minimum est un prix plancher, ce qui va créer une diminution de la demande de travail qui se traduira par une augmentation, à moyen terme, du chômage. Introduire un smig peut donc être une bonne chose pour celui qui a déjà un travail, et aussi d’un point de vue éthique, mais par contre cela ne le sera pas pour celui qui cherche un travail: il aura encore plus de peine à en trouver un (je rappelle que les entreprises sont libres d’embaucher, ou non). Il faut donc être honnête, et dire également que l’éthique a un coût. Ce que je viens de dire n’est absolument pas politique, mais uniquement de la microéconomie appliquée. C’est comme cela parce que l’on ne changera pas la nature des agents.
    A titre personnel, mon avis est que vous devriez plutôt vous battre pour que l’on accorde une meilleure formation aux travailleurs « pauvres ». En effet, le salaire correspond à la productivité marginale du travailleur, le meilleur moyen d’augmenter son salaire est donc d’augmenter sa productivité marginale; c’est-à-dire en se formant. Tout cela est un peu froid, j’en conviens, mais j’ai toujours trouvé qu’il fallait raisonner non pas par les rêves et les idées, mais en adéquation avec la réalité.

  4. ms Says:

    Pas de remarques?? Ce que j’ai écrit ne vous fais pas réagir? Dommage, j’aurais trouvé intéressant d’avoir un retour.

  5. David Says:

    Si seuls les économistes ont voix au chapitre, je ferais mieux de me taire… Mais il me semble qu’il y a quelques éléments de réponse à apporter. Premièrement, concernant la croissance: je ne cherche pas à soutenir la source anonyme d’Alain, mais la théorie selon laquelle la croissance provient uniquement du progrès technologique me laisse un peu sceptique.
    Dans la seule introduction aux théories économiques sur la croissance que j’ai lue, on partait effectivement du modèle d’un Robinson Crusoë sur son île qui, en perfectionnant ses techniques de cultures, augmentait la production, et créait une croissance économique. C’est un des moyens d’obtenir une croissance, est-ce le seul? Je crois qu’il y a aussi beaucoup d’île où Robinson Crusoë engage simplement un gentil Vendredi, qui travaille plus que Robinson et reçoit moins de fruits de ses cultures… et avec l’argent économisé, Robinson fait venir un second Vendredi, encore moins payé, et il augmente encore sa productivité économique! Quel est le progrès techonologique qui permet à Mc Donald’s de maintenir sa croissance?
    Par contre, nous pouvons tomber d’accord pour améliorer les moyens consacrés à la formation, et favoriser une scolarité orientée plus sur l’apprentissage, et moins vers la sélection… Mais cela ne m’empêchera pas de signer l’initiative pour un salaire minimum garanti!

  6. ms Says:

    David,
    Je suis heureux d’avoir eu une réponse. Je n’ai pas les mêmes idées que vous, mais cela m’intéresse de comprendre. Par contre je dois vous contredire, la croissance (c’est-à-dire la croissance du PIB par travailleurs) est à long terme uniquement la résultante du progrès technologique sur ce que l’on appelle un chemin de croissance équilibré. Cela a été démontré clairement par Solow qui a reçu un prix Nobel pour ses travaux.
    Je remarque d’ailleurs, que la Suisse, depuis le milieu des années 70 a accumulé un déficit de croissance par travailleurs de 30% par rapport aux leaders. Si les bonnes décisions avaient été prises, notamment plus de concurrence, une meilleure formation, moins de blocage dans les décisions (souvent marginalement douloureuses, mais profitable à la grande majorité) la plupart des ouvriers auraient un salaire 30% plus élevé à la fin de ce mois que celui qu’ils recevront dans quelques semaines… Malheureusement cela n’a pas été le cas.
    Remarque: les économistes sont une espèce un peu bizarre (je parle ici des économistes, pas des managers, financiers et autres, c’est différent), souvent mal-aimée, pourtant, je pense que se sont les seuls à comprendre les fondements de l’économie et comment elle fonctionne vraiment (cela ne veut pas dire qu’il sont plus intelligents que les autres, mais simplement s’ils passent dix ans à étudier un sujet, c’est pas pour rien..), ils sont à mon sens trop peu impliqué en politique. De même, est-ce que la médecine est faite par des bouchers, la pharmaceutique par des poètes? Beaucoup de juristes font de la politique, ils excellent dans certains domaines mais parle un peu trop d’économie, sans maîtriser réellement les conséquences, sur le marché, de leurs décisions. Et finalement donnent de faux espoirs aux électeurs. Mais ça, c’est un autre débat.

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