Français trivial

Olivier Français

Je trouve scandaleux que des saltimbanques fassent pipi caca dans la nature et s’amusent sur notre terrain en toute illégalité. Ce mouvement n’a rien de sympathique et l’expérience, rien de scientifique !

Voilà comment Monsieur le Municipal Olivier Français s’exprimait lundi dans les colonnes du journal 24 Heures à propos des constructeurs de la maison de paille de Lausanne.

Outre la trivialité qui suinte des propos du Municipal des travaux, il convient de corriger une grave lacune dans son vocabulaire et dans sa (mé)connaissance des faits et des gens.

Selon le Grand dictionnaire terminologique, un saltimbanque, dont l’origine italienne signifie littéralement sauter sur un banc, est :

une personne qui exécute des tours d’adresse, de souplesse, des acrobaties, pour divertir la foule dans un cirque, une foire, un lieu public.

À ma connaissance, et même s’il a fallu beaucoup d’adresse et de souplesse, l’auto-construction d’une maison écologique ne relève pas des arts du cirque. En plus, je doute que Monsieur le Municipal ait voulu faire un compliment à nos promoteurs de l’écologie sociale appliquée.

Penchons-nous donc sur l’origine et l’évolution du terme qui sont des plus intéressantes pour ce qui concerne notre affaire qui prend une dimension sidérale. Voici ce qu’en disait Jean-Robert Houdin selon Wikipédia :

Le fréquent usage de ce mot, ayant fait comprendre la nécessité d’en abréger la longueur, on se contenta des deux dernières syllabes, et par suite, du mot banque dériva naturellement celui de banquiste, qui signifie à la fois l’individu qui fait sa profession de la banque, et celui qui cherche à faire des dupes à l’aide de promesses mensongères. Le premier se trouve sur la place publique, le second s’épanouit dans la réclame.

Là encore, Monsieur le Municipal a tout faux, aucun des membres du collectif n’est publicitaire et encore moins banquier. Je m’étonne d’ailleurs que Monsieur le Municipal, qui brasse tout de même des millions, ne soit pas capable de distinguer un constructeur de maison de paille d’un banquier. Mais bref, passons et allons chercher dans un autre ouvrage les autres acceptions du terme.

Par exemple dans le dictionnaire de L’Académie française, 8e édition (1932-1935) qui propose un sens familier du terme saltimbanque.

[saltimbanque ] désigne familièrement un Homme sans consistance, dont les actes et les propos ne méritent aucune considération à cause de sa légèreté et de son manque de sérieux.

Est-ce cela que Monsieur le Municipal a voulu dire ? Je m’interroge, c’est, hélas, bien possible. Mais, après le sens familier, voyons encore le sens figuré que donne L’Académie :

[saltimbanque] se dit, figurément, d’un Bouffon de société et d’un mauvais orateur qui débite, avec des gestes outrés, des plaisanteries déplacées.

Nous y voilà. Traiter les auto-constructeurs de saltimbanques qui font pipi caca dans la nature, ne serait-ce pas de la bouffonnerie ? Ne serait-ce pas un manque de sérieux ? Ne serait-ce pas un peu léger ? Ne serait-ce pas les propos d’un mauvais orateur qui débite, avec des gestes outrés (il aurait fallu pouvoir voir) des plaisanteries déplacées destinées à protéger, à sauvegarder, à maintenir le monde de banquistes dans lequel nous vivons ?

A saltimbanque, saltimbanque et demi !

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4 Réponses to “Français trivial”

  1. www.romanding.ch Says:

    Français trivial

    Le municipal lausannois, Olivier Français, a traité les constructeurs de la maison de paille illégale de "saltimbanques". Mais c’est quoi exactement un saltimbanque ?

  2. Lavomisse Says:

    Je suis d’accord avec toi sur un point: Français n’a pas à insulter des gens. Moins encore des gens qui ont prouvé qui savaient utiliser leur tête et leurs mains pour construire quelque chose d’objectivement intéressant.

    Par contre, et je vais forcément te paraître légaliste – mais j’assume, le procédé utilisé par le collectif n’est simplement pas acceptable. Il y a des prescriptions sur l’aménagement du territoire et les constructions, qui sont votées par le parlement, et celles-ci doivent être appliquées. Aussi géniale que puisse être la construction. Sinon on ouvre la porte aux inégalités de traitement.

    Je trouve également très dommage que le collectif s’entête à rejeter les propositions successives formulées par la Municipalité. Une Municipalité qui s’est plutôt montrée fort bien disposée pour l’heure. Cette logique du bras-de-fer est aussi pitoyable que les insultes de Français.

    Visiblement, on cherche à faire pourrir la situation du côté du collectif. Pour ensuite s’ériger en victime. Parce que tôt ou tard, les bulldozers viendront.

    Je trouve ça franchement nul. Et dommage: la maison de paille valait mieux qu’une guéguerre perdue d’avance.

  3. Alain Hubler Says:

    En fait le collectif n’a pas rejeté de proposition formelle de la municipalité, vu que pour l’instant aucune n’a été faite.

    Juste des promesses …

    Je pense sincèrement que si la Muni dit « Voilà un terrain ». Tout s’arrange.

  4. Français trivial - Kazhar Says:

    […] » article original […]

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