De qui Novartis se moque-t-il ?

Novartis HQVoilà deux dépêches qui ont attiré mon attention. Je devrais plutôt dire qui m’ont fait sortir de mes gonds. J’ai d’abord cru que je me mélangeais les pinceaux et que je confondais Novarstlé avec Nestis ou Novache avec Rortis, ou encore Nestloche avec Rostlé. Mais non j’avais bien lu.

Jugez plutôt :

Jeudi 18 octobre 2007 : 08:05
Novartis va supprimer 1260 emplois aux Etats-Unis

Jeudi 18 octobre 2007 : 08:14
Novartis double son bénéfice et supprime 1260 emplois aux USA

Dans le détail, on apprend que le licenciement de 1260 travailleurs et travailleuses permettra à la multinationale d’économiser 230 millions de dollars alors que le bénéfice net se monte déjà à 11,1 milliards de dollars après les neuf premiers mois de l’année en cours.
On apprend aussi que ces nouvelles «ont plutôt satisfait les investisseurs. Le titre gagnait 0,6% à 62,80 francs vers midi».

Après ce genre de déguelasseries – et je pèse mes mots – qui a encore envie de travailler pour Novartis, qui a encore envie de mouiller sa chemise pour une multinationale, qui a encore envie de travailler tout court ?

Et pendant ce temps-là, les politiciens de la pensée unique continuent à traquer les soi-disant abus des assurances sociales, à mettre sur pied des semestres de motivations pour les jeunes qui ne trouvent pas de place d’apprentissage et à essayer de convaincre le bon peuple que l’augmentation de l’âge de la retraite est inéluctable.

Mais l’essentiel est sauf, les investisseurs sont «plutôt satisfaits».

Ça m’énerve !

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12 Réponses to “De qui Novartis se moque-t-il ?”

  1. www.romanding.ch Says:

    De qui Novartis se moque-t-il ?

    Novartis double son bénéfice et licencie 1260 employé-e-s. De qui la multinationale se moque-t-elle ?

  2. Fabien Says:

    Bravo Alain, c’est le genre de billet que j’apprécie tout particuliérement. Moi aussi ça m’ennerve. Surtout qu’une partie du bénéfice, c’est nos primes d’assurance maladie qui le paie, donc nos primes engraissent les actionnaires et quand une personne ne parvient plus à payer ? Soit c’est l’Etat qui finance Novartis, soit on ne soigne plus. Lamentablement affligeant tout ça…

  3. halcyon Says:

    Pas besoin de longues théories sur la monde du travail et l’inégalité avec des nouvelles pareilles…et Novartis n’en est pas à son coup d’essai (voir récent procès à l’Inde contre la production de génériques à bas prix). Je suis étonné que cette entreprise n’ai pas encore ressenti le besoin de mettre des militaires en faction devant sa porte!

  4. nst Says:

    Quelques remarques pour modérer un peu la vindicte facile.

    1. La dépêche ne parle pas de licenciement mais de suppression d’emploi, qui peuvent peut prendre la forme de licenciements secs mais aussi de départs à la retraite non remplacés, de mandats non reconduits, etc.

    2. L’entreprise ne garantit pas un emploi à vie. L’employeur et l’employé sont liés par un contrat de travail. Chacun est libre de mettre un terme au contrat dans des conditions fixées à l’avance et acceptées par les deux parties.

    3. On ne nous dit pas qui va réaliser les activités des salariés licenciés. Peut-être seront-elles externalisées, ce qui peut potentiellement créer (ou sauver) autant d’emplois.

    4. On ne nous dit pas combien d’emplois ont été créés ces dernières années par Novartis aux USA ces dernières années.

    5. Le fait qu’une entreprise fasse des bénéfices n’est pas du tout l’ennemi de l’emploi, bien au contraire, puisqu’elle pourra investir, se développer et aussi remplire les caisses publiques en payant des impôts. Il y a donc tout lieu de s’en réjouir.

    Bref… je comprends bien le propos qui est souligner que les intérêts des salariés et des actionnaires ne sont pas les mêmes, mais enfin on ne peut pas systématiquement râler dès qu’une entreprise licencie. Le choix est parfois entre licencier x personnes aujourd’hui ou licencier tout le monde demain, ce qui à priori n’est pas le cas de Novartis, je vous l’accorde.

  5. Alain Hubler Says:

    Mmmh, mmmhh …

    Je ne réagirai que sur le point 3)

    En général, quand on externalise, c’est pour confier la tâche à des tiers moins « coûteux », donc on économise, la masse salariale et les coûts de fonctionnement diminuent et on ne créée rien de rien !

    Pourtant la « croissance » continue.

    Croissance pour qui, pour quoi ?

  6. sdf11 Says:

    La réponse de « nst » fait plaisir, pour une fois qu’un commentaire dépasse la simple réaction émotive !

    Avant de jeter l’opprobe sur Novartis, renseignez-vous donc sur des données objectives : ratio embauche / licenciement, importance des investissements, progression des courbes de salaires pour les employés… !

    Je vous souhaite une bonne soirée.

    sdf11

  7. nst Says:

    À propos du point 3, donc ; dans l’hypothèse où l’externalisation permet à l’entreprise d’accroître son bénéfice, il me semble que cela va dans le bon sens : investissements (achats, emplois) et recettes fiscales accrues, cf point 5 supra.

    Cela dit, l’externalisation n’est pas moins chère « par nature ». On choisit parfois d’externaliser pour des raisons politiques ou idéologiques. Je pense notamment à l’État de Vaud où, aux dires de personnes qui y travaillent, l’externalisation de développements informatiques aurait considérablement augmenté les coûts.

  8. Alain Hubler Says:

    « le licenciement de 1260 travailleurs et travailleuses permettra à la multinationale d’économiser 230 millions de dollars » dit la dépêche.

    Rien d’émotif là-dedans. Une économie de 230 millions :

    1) augmente-t-elle objectivement le ratio embauche/licenciement ? Si oui, c’est que l’on supprime des postes pour les remplacer par des postes moins payés.

    2) devrait plutôt correspondre à une diminution de la courbe de salaire pour les employés, non ? S’il y a augmentation voir 1).

    Ah là là pensée unique quand tu nous tiens !

    Bonne soirée à vous.

    Alain

  9. nst Says:

    On pourrait rétorquer que :

    1) ce ne sont pas forcément des postes moins bien payés, ce peut être des postes plus productifs, par exemple des postes externalisés😉

    2) je ne comprends pas bien le mécanisme qui ferait que plus une entreprise fait de bénéfice moins elle paye ses salariés (ou alors je n’ai pas compris la phrase)

    Mais bon. Tout ce que j’essayais de dire par mon commentaire c’est que :

    a) il faudrait avoir plus de données pour pouvoir décrier ces suppressions d’emploi

    b) à mon avis la gauche ne doit pas reprocher aux entreprises de gagner de l’argent ; elle doit plutôt s’attacher à donner plus de droits aux gens, encadrer la croissance économique en terme de développement durable*, permettre à chacun de trouver la meilleur place possible dans le système de formation, etc mais pas (je caricature) râler contre la fermeture des mines de charbon.

    * toutes les croissances ne se valent pas – mieux vaut une petite croissance de qualité qu’une grosse croissance qui se fait sur le dos des ressources naturelles ou de la qualité de vie (ce qui inclut aussi le social par exemple)

  10. sdf11 Says:

    > Rien d’émotif là-dedans. Une économie de 230 millions

    L’émotion gagne lorsque la lecture d’une dépêche se focalise sur le chiffre, hors de toute compréhension globale de l’industrie et de sa stratégie !

    J’ose quand même vous rappeler que 230 licenciements correspond à 0.002 % de la masse salariale (Novartis, Rapport annuel 2006 : nombre de collaborateurs = 100 735) ; et encore faudrait-il préciser les modalités de ces licenciements (cf. message de nst, point 1)

    > Ah là là pensée unique quand tu nous tiens !

    ??

    Belle soirée.

    sdf11

  11. sdf11 Says:

    > Rien d’émotif là-dedans. Une économie de 230 millions

    L’émotion gagne lorsque la lecture d’une dépêche se focalise sur le chiffre du licenciement, sans connaître les tenants et aboutissants d’une telle décision.

    J’ose quand même vous rappeler que :

    – 230 licenciements correspond à 0.002 % de la masse salariale (Novartis, Rapport annuel 2006 : nombre de collaborateurs = 100 735) ;
    – et que Novartis a effectué environ 17’000 embauches pour la seule année 2006 !

    > Ah là là pensée unique quand tu nous tiens !

    ??

  12. Alain Hubler Says:

    @ sdf11 : Ce ne sont pas 230 licenciements, mais 1260.
    Lorsque vous faites partie des personnes licenciées, l’engagement de 17’000 autres collaborateurs est une nouvelle que vous accueillez avec une joie « contenue » …

    @nst : « toutes les croissances ne se valent pas – mieux vaut une petite croissance de qualité qu’une grosse croissance qui se fait sur le dos des ressources naturelles ou de la qualité de vie (ce qui inclut aussi le social par exemple) »

    Parfaitement d’accord. Reste une question importante, c’est quoi une croissance durable ? Peut-elle se faire autrement que sur le dos des ressources naturelles ou de la qualité de vie ? Je m’interroge.

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