De la paille dans les yeux

La maison en bottes de paille su collectif Straw d'la BaleComme l’a relevé hier Le Courrier, il est plus facile à Lausanne de faire ériger un pavillon thaï offert par un roi que d’auto-construire une maison de paille conçue et réalisée par un collectif pratiquant l’écologie et la décroissance.

Et pourtant, on aurait pu s’attendre à ce qu’une municipalité presque intégralement de gauche et comptant dans ses rangs deux Verts manifeste un peu plus d’intérêt pour une telle démarche. Et bien non.

Cela est d’autant plus décevant que, Daniel Brélaz, le syndic de la ville a été le premier écologiste à siéger dans un parlement national et qu’il a probablement dû, en son temps, faire face aux mêmes résistances. Mais c’était peut-être il y a trop longtemps : le temps de la militance s’éloigne à la même vitesse que les scores électoraux des Verts progressent.

Car il ne faut pas s’y tromper : celles et ceux qui construisent une maison en paille en plein centre de Lausanne sont des militants, des vrais. Des militants de l’écologie, de l’auto-organisation, de l’initiative collective et du partage des savoirs. Construire une maison écologiquement exemplaire en une semaine nécessite toutes ces qualités et pas mal d’efforts.

Mais au fond, quels sont leurs torts ? Ils sont au nombre de deux. Le premier : ne pas faire allégeance à l’autorité en attendant patiemment qu’on leur propose un «terrain de jeux» au fin fond des bois du Jorat. Le deuxième : mettre un peu de sable dans la machine bien huilée de la propriété privée foncière même si, en l’occurrence, elle est publique. On ne badine pas avec l’autorité et avec l’immobilier !

Et pourtant, la ville de Lausanne devrait considérer comme une chance que des personnes se décarcassent pour montrer qu’il est possible de construire dans le respect de l’environnement en plein centre ville, même si la conséquence de cette expérience est une légère entorse aux règles habituelles : permis de construire, mise à l’enquête …

Mais, venons-en à l’argument de choc évoqué par la municipalité : la sécurité. Celui des risques d’incendie a fait … long feu. Nos édiles se sont vraisemblablement renseignés et ont dû se rendre à l’évidence que la botte de paille est utilisée un peu partout dans le monde et qu’elle offre une bonne résistance au feu.

Reste la pente du terrain et le risque d’éboulement en cas de pluie. Je ne suis pas architecte ou ingénieur civil, mais nos bâtisseurs respectueux de l’environnement ont pris leurs précautions et des renseignements. A ce propos, l’absence de risque a été confirmée par François Iselin, ancien professeur d’architecture à l’EPFL.

Et même s’il y avait réellement des risques, pourquoi diable le syndic inquiet ne se serait-il pas rendu sur place et n’aurait-il pas dit franchement :

«Il y a des risques, on va vous aider à déménager tout le matériel dans un endroit sûr, car votre expérience est écologiquement intéressante et on tient à ce qu’elle aboutisse dès maintenant.»

Non, en lieu et place, il propose un autre terrain, au printemps prochain, pour une expérience d’une quinzaine de jours. Une quinzaine de jours ! Construire une maison, avec ses toilettes à compostage, sa phyto-épuration des eaux grises, ses panneaux solaires, son chauffage pour quinze jours ? Quel dommage, quel gâchis, quel mépris, quel manque de vision écologique et politique. Que de paille dans les yeux !

20 Réponses to “De la paille dans les yeux”

  1. www.romanding.ch Says:

    De la paille dans les yeux

    Alors que les squats genevois sont évacués les uns après les autres, un collectif lausannois s’est lancé dans l’auto-construction d’une maison en paille. Une expérience alternative et écologique. Mais cela ne plaît pas à la municipalité qui…

  2. kalvin Says:

    Dommage que le pouvoir et son exercice sclérosent toutes les anciennes idées militantes et valables.

  3. Sugus Says:

    Lamentable!
    Tiens, demain suis à Lausanne, je vais faire un tour du côté de César-Roux!

  4. Lavomisse Says:

    Moi ils ont my sympathie rien qu’en raison du nom du collectif: Straw d’la balle. Fallait trouver.

  5. Sang d'encre Says:

    Risque d’incendie à cause de la paille…
    C’est vrai que de mémoire d’homme on a jamais vu une grange bruler. Et tous ces idiots de paysans qui contractent une assurance-incendie, ils devraient simplement faire des bottes de leur paille et le tour est joué.

  6. Alain Hubler Says:

    Bonjour Sang d’encre !
    Je comprends votre réaction, j’ai eu la même avant que l’on m’explique. Car il y a une nuance entre « tas de paille » et « paille compressée en bottes ». La première brûle, la seconde mal. Voir article de Sylvie Briet ou encore cet article de « Fôrets romandes« .

    Donc dans cette affaire, il n’y a pas d’idiots, ni chez les paysans qui s’assurent, ni chez ceux qui utilisent de la paille compressée.😉

  7. Alain Hubler Says:

    @ M. Lavomisse : en fait je me suis lamentablement planté ! Le nom du collectif est « Straw d’la Bale » et pas « Straw d’la Balle ».😦

  8. Sang d'encre Says:

    Dans ce cas là d’accord.
    Si en plus tout est bien recouvert.
    C’est juste que sur la photo la paille reste apparante et rapidemment des tiges peuvent se défaire comme ca à l’air le cas, surtout si beaucoup de gens viennent voir et toucher.
    Enfin, j’imagine qu’ils ont déjà bien réfléchis à ca avant de se lancer dans une telle entreprise.

  9. Alain Hubler blogue - Construction extraordinaire et constructions extraordinaires Says:

    […] Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne adoptait une position ferme par rapport à la maison de paille de Lausanne. Cette raideur était traduite en ces termes par Marco Danesi du quotidien Le Temps […]

  10. Construction extraordinaire et constructions extraordinaires « Alain Hubler blogue Says:

    […] dernier, Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne adoptait une position ferme par rapport à la maison de paille de Lausanne. Cette raideur était traduite en ces termes par Marco Danesi du quotidien Le Temps : […]

  11. Français trivial « Alain Hubler blogue Says:

    […] s’exprimait lundi dans les colonnes du journal 24 Heures à propos des constructeurs de la maison de paille de […]

  12. Alain Hubler blogue - Français trivial Says:

    […] lundi dans les colonnes du journal 24 Heures à propos des constructeurs de la maison de paille de Lausanne. Outre la trivialité qui suinte des propos du Municipal des travaux, il convient […]

  13. France Inter est tombée sur mon blogue « Alain Hubler blogue Says:

    […] sur France Inter est tombée sur mon blogue et s’est intéressée à mes billets portant sur la maison de paille et Maurice Béjart. Pour être honnête, je pense que c’est surtout Maurice Béjart qui a amené […]

  14. Alain Hubler blogue - France Inter est tombée sur mon blogue Says:

    […] tombée sur mon blogue et s’est intéressée à mes billets portant sur la maison de paille et Maurice Béjart. Pour être honnête, je pense que c’est surtout Maurice […]

  15. Schulz Says:

    « Mais, venons-en à l’argument de choc évoqué par la municipalité : la sécurité. Celui des risques d’incendie a fait … long feu. Nos édiles se sont vraisemblablement renseignés et ont dû se rendre à l’évidence que la botte de paille est utilisée un peu partout dans le monde et qu’elle offre une bonne résistance au feu. »

    Hum, hum… Apparement, la paille n’est pas si résistante que ça au feu… Du moins quand elle n’est pas recouverte d’argile!

  16. nantermod Says:

    « Mais, venons-en à l’argument de choc évoqué par la municipalité : la sécurité. Celui des risques d’incendie a fait … long feu. Nos édiles se sont vraisemblablement renseignés et ont dû se rendre à l’évidence que la botte de paille est utilisée un peu partout dans le monde et qu’elle offre une bonne résistance au feu. »

    ça fait quand même sourire, non ?

  17. Alain Hubler Says:

    Schulz a raison, ces murs auraient dû être au plus vite recouvert d’un enduit adéquat, hélas …

    Nantermod peut effectivement sourire, il n’y a pas de blessé grave.

    Pour des précisions sur la tenue de la paille au feu, voici une étude sérieuse :
    http://www.atoutconstruction.fr/IMG/pdf/Dossier_Ademe_Paille.pdf
    et un autre accessible :
    http://www.atoutconstruction.fr/article.php3?id_article=51

  18. nantermod Says:

    Effectivement, si il y avait eu mort d’homme, on aurait pas tellement pu sourire, au contraire. On a évité la catstrophe, il faut quand même se poser des questions face à ces vérités que vous écrivez sur la sécurité anti-incendie. Il est un peu tard pour ajouter de l’enduit sur les murs qui ont déjà brûlés. Vous affirmiez catégoriquement qu’il n’y avait que peu de danger à une époque où vous ne parliez pas d’enduit… Il y a un manque de responsabilité de la part des batisseurs de cette maison de paille qui m’interpelle.

  19. Autoritarisme vs autorité « Alain Hubler blogue Says:

    […] édifice mégalomaniaque qui devait s’élever à l’endroit même qu’occupait la fameuse maison de paille qui avait fini par disparaître, emportée par les […]

  20. Douglas Says:

    Je penses personellement qu’il s’agit d’un incendie criminel ayant impliqué un combustible. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que la municipalité aurait commandité cet acte, mais je doutes que l’incendie et la position de la munipicapitlé soient sans rapport.

    Paix à l’âme de cette maison.
    Paix à l’âme de la libértée !

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