EasyJet et l’écobricolage

Réacteur d’avion EasyJetAlors que Greenpeace installait un camp de tentes près de l’aéroport de Londres-Heathrow pour manifester contre la construction d’une nouvelle piste et pour la lutte contre le réchauffement climatique, Philippe Vignon, directeur commercial d’EasyJet, était l’invité de l’émission Mise au point de dimanche dernier.

Lors de cette émission, il a eu l’occasion de donner son avis sur l’introduction de taxes sur les carburants aéronautiques destinées à lutter contre la pollution et le réchauffement climatique.

Surprise : il est pour à condition que toutes les industries polluantes les payent ! Deuxième surprise, il est conscient que « l’ère du pétrole touche à sa fin ». Moins surprenant, il relève que l’aviation n’est responsable que pour 1,6 % des émissions de dioxyde de carbone alors que les transports routiers en sont responsables à hauteur de 10 %. Il en rajoute même une couche en faisant remarquer que sa compagnie est celle qui a le meilleur rendement énergétique en raison de la jeunesse de sa flotte – que font-ils des vieux avions ? – et du taux d’occupation optimal de ses avions.

Bref, à écouter Philippe Vignon, EasyJet serait presque écolo. Belle prestation de marketing en direct devant un journaliste, Malik Melihi, pourtant pugnace.

Il va même jusqu’à affirmer qu’un vol Genève-Nice a moins d’impact sur l’environnement que le même trajet en voiture de 2 litres …

À ce moment, notre directeur commercial se plante et commence à raconter des salades comme en témoigne l’excellente publication Consommation respectueuse de l’environnement – Décisions et acteurs clés, modèles de consommation (Référence: UW-0616-F) publiée par l’Office de l’environnement (OFEV). Ses auteurs précisent à propos d’un week-end à Paris :

Consommation d'énergie primaire non renouvelable des moyens de transports

L’avion présente l’impact écologique le plus élevé. Le train est le plus favorable au plan environnemental, et généralement aussi au plan financier. L’analyse de sensibilité montre que l’impact environnemental de la voiture est très dépendant du taux d’occupation. Ainsi, le voyage à quatre présente un bilan environnemental se rapprochant de celui d’un trajet en train, tandis que le voyage seul en voiture génère un impact environnemental environ cinq fois plus important que le voyage en train.

Les auteurs concluent ainsi le chapitre «Mobilité privée» :

Cette étude de cas montre que le comportement de l’utilisateur a une influence décisive sur l’impact environnemental de la mobilité : ne choisir l’avion qu’en dernier recours, préférer le train et augmenter le taux d’occupation d’un véhicule privé réduit considérablement cet impact.

Une conclusion s’impose donc d’elle-même, quand il s’agit de vendre une compagnie aérienne, il est difficile de ne pas raconter des histoires pour inciter les gens à monter à bord des avions.

Mais EasyJet fait encore plus fort pour se, et nous, donner bonne conscience : en montant à bord d’un avion de leur compagnie, vous pouvez donner une thune pour financer un programme de reboisement avec les Nations unies. Programme qui portera sans doute sur une vaste région d’Amérique du sud qui aura été déboisée pour planter de la canne à sucre pour produire du «bioéthanol» …

À la question de savoir si les compagnies low-cost n’ont pas créé un besoin et n’essayent pas de croître sur l’augmentation de la mobilité qu’elles encouragent, Philippe Vignon a un argument social massue «moi je suis fier que ma femme de ménage puisse elle aussi [voler sur] EasyJet et je ne pense pas que l’aviation doive être réservée à une élite». Voilà qui est imparable: pour permettre à la femme de ménage de M. Vignon d’aller voir sa famille au Portugal, ce qui est parfaitement légitime, il faut en même temps accepter que d’autres puissent aller se dorer la pilule à Nice un week-end sur deux et faire ses courses de Noël à Londres … C’est la dure loi de l’économie basée sur la croissance justifié par la justice sociale.

Allez, pour terminer ce billet, je décerne à M. Vignon le prix de l’écoclown du mois et je vous livre en citation la conclusion du chapitre consacré aux biens de consommation et services de la publication évoquée ci-dessus. Cette conclusion me semble aussi valable pour les transports :

En conclusion, on constate que dans le domaine « biens de consommation et services », le potentiel d’amélioration du bilan environnemental par le consommateur est moyennement important par rapport à l’impact environnemental total par personne. Cependant, la réduction de la quantité de biens et de services consommés, est directement positive.

Est-ce que l’OFEV inciterait à la décroissance ? Ce serait une bien belle surprise !

5 Réponses to “EasyJet et l’écobricolage”

  1. www.romanding.ch Says:

    EasyJet et l’écobricolage

    Philippe Vignon, directeur commercial d’EasyJet, était l’invité de l’émission "Mise au point" de dimanche dernier. Lors de cette émission, il a eu l’occasion de donner son avis sur l’introduction de taxes sur les carburants aér…

  2. Mat Says:

    très bonne analyse et excellent article…bravo…je n’ai malheureusement pas vue l’émission, mais vouloir faire croire que prendre easyjet limite les impacts écologiques, il y en a vraiment qui n’ont peu de rien…

  3. philippe vignon (l'écoclown du mois) Says:

    Merci pour votre prix de l’écoclown du mois dont je viens de prendre connaissance qui me fait sourire (un peu jaune c’est vrai !).

    Quelques commentaires cela dit:

    – Lors de la comparaison d’un trajet entre Genève et Nice en voiture, j’ai précisé qu’il s’agissait d’un véhicule de 2000cm3 occupé par 2 personnes, détail qui a toute son importance…
    – La gauche n’a pas le monopole de la solidarité sociale et je suis fondamentalement en faveur, tout employé d’une compagnie par nature capitaliste, de permettre le déplacement de tous.
    – Le développement durable est l’affaire de chacun à titre individuel et si nous avions eu l’occasion d’en parler de vive voix, vous auriez été surpris d’apprendre je suis fervent de la décroissance mais que j’en appelle également les politiques à prendre leur responsabilité….

    Cordialement

  4. Alain Hubler Says:

    Monsieur,

    Un grand merci pour avoir pris la peine de venir vous exprimer sur mon blogue. Ce n’est pas courant que des personnalités mises en cause viennent s’expliquer.

    Pour ce qui concerne les 3 points que vous avez évoqués, je prends acte des deux derniers.

    Par contre, je n’arrive toujours pas à comprendre comment vous pouvez affirmer qu’un voyage à Nice en voiture de 2000 cm3 occupée par 2 personnes est plus vorace en énergie que le même trajet avec l’un de vos avions alors que le graphique de l’OFEV dit le contraire …

    Pour terminer, je persiste à penser que la décroissance, et même la croissance zéro, n’est possible qu’en limitant les trajets, spécialement en avion, ce qui n’est pas bon pour vos affaires, j’en conviens.

    L’administration fédérale semble d’ailleurs penser comme moi …
    (Rapport Rumba 2007):
    « Dans le cadre de RUMBA, les offices concernés (p. ex. le seco et la DDC) ont pris diverses mesures pour réduire les voyages en avion: autorisation modérée de participer à des conférences, substitution du train à l’avion dans la mesure du possible, utilisation des infrastructures de vidéo-conférence et
    controlling transparent. »

    Cordiales salutations.

  5. Jacques Pinot Says:

    Vous avez tort de ne pas croire dans l’engagement écolo d’Easy Jet.
    Easy Jet a déja trouvé un moyen pour rendre écolo son buiseness: il fait payer les voyageurs d’avance, se démerde ensuite pour ne pas les transporter et ne pas les rembourser, puisqu’il a érigé cette règle en principe économique. Sur le plan de l’écologie et de la réussite économique, c’est vraiment la solution, mais sur d’autres plans, il y aurait beaucoup à redire………
    J’avais pas pris l’avion depuis vingt ans. Je voulais aller à Londres; j’ai renonçé au train parce qu’Easy jet me proposait un voyage moitié moins cher. Résultat: refus d’embarquer, humiliation et frustration dans l’aéroport de Nice, et 465 € perdus: je suis resté chez moi…. Ce qui ne m’empêchera pas de respirer gratuitement le kérosène d’Easy Jet le long du Var, quand je vais à mon boulot en vélo….

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