Dépistage urinaire du cannabis : et après ?

Sculpture feuille de cannabisLe président de l’UDC valaisanne, Raphaël Filliez, vient d’avoir une de ces idées «remarquables» comme seuls les jeunes UDC dont les dents raient le parquet peuvent en avoir lorsqu’ils sont candidats quelque part. Sa proposition : soumettre les écoliers et les apprentis à des tests d’urine pour débusquer les consommateurs de cannabis.

Selon l’auteur de cette proposition, il s’agirait de pratiquer des tests d’urine «en cas de suspicion ou de manière aléatoire». Voilà donc que le jeune homme à peine sorti de l’université désire confier à l’école un nouveau rôle – un de plus ! – un rôle de police.

Je ne pense pas que beaucoup d’enseignant-e-s et de directeurs d’établissement accepteront d’endosser l’uniforme de policier pour assumer juste après leur rôle de pédagogue. Le premier rendant plus que délicat, voire impossible, l’accomplissement du second qui nécessite un minimum de confiance et de connivence. Comment traquer, et probablement dénoncer le consommateur de cannabis, le matin et lui enseigner les mathématiques, la géographie ou le français l’après-midi ? Le rôle de l’enseignant est d’enseigner et pas de jouer à l’inspecteur de la brigade des stups.

A supposer même que la société, les autorités et le corps enseignant acceptent cette nouvelle «mission» que l’UDC valaisanne veut lui confier, une question de taille se pose : quel sort sera réservé à celle ou celui qui aura été contrôlé positif au cannabis ? L’exclusion de l’école ? Des heures d’arrêts ? Une dénonciation pénale ? Une cure obligatoire de désintoxication ? Un cumul de toutes ces mesures ? Rien ? Autre chose ?

Dans tous les cas de figure, et quelles que soient les raisons pour lesquelles le jeune consomme du cannabis, un dépistage positif ne permettra pas de déboucher sur une démarche constructive avec un intervenant social ou médical. Si l’école adopte un comportement de policier ou de «chasseur», il n’y a pas de raison pour que les écoliers n’adoptent pas un comportement de «voyou» ou de proie. On ne discute pas avec son bourreau, on le combat ou on le fuit !

D’autre part, pour Raphaël Filliez, la consommation de cannabis est à l’origine de tous les maux de la jeunesse. Ce serait notamment elle qui serait la cause de l’échec scolaire et professionnel. On peut aussi imaginer que c’est parfois, et même souvent, le contraire : si les jeunes se mettent à fumer de manière excessive et dangereuse du cannabis, c’est peut-être précisément parce qu’ils sont en échec scolaire, qu’ils ne trouvent pas de place d’apprentissage ou/et qu’ils sentent que la société ne s’intéresse qu’à leur porte-monnaie et à leur force de travail pour alimenter la machine économique. C’est en tout cas mon expérience d’enseignant.

Dans ses «22 raisons de ne pas commencer à fumer», notre pourfendeur valaisan du cannabis reporte intégralement les 22 points de réflexion de la thèse du Dr Jacques Chamayou, qui est selon certains sujette à caution. Pour ma part, je préfère me renseigner auprès de la meilleure source que je connaisse en matière de prévention contre l’alcoolisme et autres toxicomanies : l’ISPA.

En conclusion, je me demande si le président de l’UDC valaisanne n’avait pas un peu abusé des excellents vins du Valais lorsqu’il a «inventé» cette mesure simpliste pour régler un problème complexe. N’oublions pas que l’alcool est un toxique, même pour les candidats UDC au conseil national. Je crois même savoir que l’alcool est au moins aussi dangereux que le cannabis …

P.S. Contrairement à ce que l’agitateur politique Filliez prétend, la consommation de cannabis chez les jeunes de 15 ans est en diminution et la majorité n’y touche pas …

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12 Réponses to “Dépistage urinaire du cannabis : et après ?”

  1. Michelle Says:

    Le prof peut toujours inviter l’élève au bistrot et lui offrir un canette ou un verre de blanc et partager ses clopes avec lui 😉

    Et qu’est-ce qu’il conseille aux parents, ils doivent aussi dénoncer leurs enfants aux autorités compétentes, qui les placeront dans un foyer où ils pourront fumer en toute tranquillité ? (les enfants, pas les parents!)

  2. www.romanding.ch Says:

    Dépistage urinaire du cannabis : et après ?

    Le président de l’UDC valaisanne, Raphaël Filliez, vient d’avoir une de ces idées «remarquables» comme seuls les jeunes UDC dont les dents raient le parquet peuvent en avoir lorsqu’ils sont candidats quelque part. Sa proposition : soumettre …

  3. kalvin Says:

    Filliez, Freysinger, Parmelin, Bugnon, Fattebert, pas les mêmes âges, ni les mêmes expériences, ni les mêmes accents, mais tous mangent au même râtelier, celui de l’opportunisme politico-médiatique : à part ça, bon courage aux profs. On leur fournit aussi l’uniforme, la matraque et le carnet à souches pour le rentrée 2007 ?

  4. Lavomisse Says:

    Ce qui est bien avec les jeunes UDC munis de dents qui raient le plancher, c’est que derrière eux il y a forcément quelques vieux UDC, plus très sûrs sur leurs pattes, qui se fritteront lamentablement la tronche en tombant dans les crevasses creusées par les canines acérées des premiers…

    Sinon, moi aussi je propose une mesure dans les écoles: à chaque fois qu’un élève épouse les thèses xénophobes du parti au soleil du petit matin brun, le prof le dénonce à l’Autorité médicale compétente qui pratique immédiatement une vasectomie sur le gamin.

    L’anesthésie est en option (elle dépend en fait des résultats scolaires de l’enfant).

  5. Alain Hubler Says:

    Je constate que M. Lavomisse est machiste, ce qui ne m’étonne guère !
    Et si l’on attrape une fille qui épouse les thèses UDC, on en fait quoi ?

  6. Lavomisse Says:

    Tsss… Que nenni: les études montrent que les filles ont en général 2 ans d’avance sur le développement intellectuel des garçons à cet âge-là.

    De ce fait, il est impossible pour elles de se reconnaître dans ces thèses.

    😉

  7. Je ne veux pas devenir un indic de la brigade des stups « Alain Hubler blogue Says:

    […] Pourtant c’est bien l’avenir que me réserve le député Haury avec son idée géniale – piquée au président de l’UDC valaisanne Raphaël Filliez – de confier une nouvelle mission à […]

  8. Marina Pateau Says:

    Merci M. Hubler pour vos billets, même si je ne partage pas toujours votre point de vue, je trouve votre démarche salvatrice dans une région ou le politiquement correct aura bientôt plus d’importance que la démocratie.
    Bref, sur le sujet qui nous occupe, je partage pleinement votre point de vue exception faite d’un seul point. L’ISPA n’est de loin pas la « seule » source valable en matière de toxicomanie et d’alcoolisme. L’ISPA est avant tout un tout une source statistique et préventive. Il y a d’autre source très fiable en matière de drogue et d’alcoolisme qui ont en plus l’avantage d’être plus proche des réalités de terrain. Quant à la proposition faite par une certaine partie de la droite (message à tout ceux qui pourront se reconnaitre :
    il faut arrêter de diaboliser systématiquement l’UDC, cela enlève toute crédibilité à tout commentaire) elle ne simplement pas compte de la réalité tant sur le plan du rapport entre enseignants et élèves que sur le plan de la complexité social et médicale de la consommation de toxique en tout genre.
    Merci et au plaisir de vous lire
    Marina

  9. Alain Hubler Says:

    Bonjour Marina et merci pour votre commentaire et votre lien sur votre site qui me fait découvrir une nouvelle source d’information.

    Pour ce qui concerne la « diabolisation » de qui on sait, je comprends ce que vous voulez dire. Cependant le problème est que leurs propositions sont souvent diaboliques … Il est alors difficile d’en parler comme s’ils étaient de gentils enfants de coeur.

    Bien à vous et au plaisir de vous relire dans un commentaire.

    Alain Hubler.

  10. Fumette Says:

    A propos de l’herbe verte (libérale) :

    Le dépistage devrait commencer le premier juin (facile, celle-là…)
    Les Vaudois veulent dénicher des étudiants en herbe (boff…)
    Le Parlement vaudois veut couper l’herbe sous le pieds d’Anne-Catherine Lyon, qui est en pétard (ouais, pas mieux…)
    Le slogan cantonal : « Pas de fumette sans faute » (pas mal, n’est-il pas ?)
    Et que dire du fait qu’un anagramme de « CANNABIS » est « CAS BANNI » ? (encore un effort…)
    Et qu’un autre anagramme de « CANNABIS » est « BANC SAIN » (banc d’école, s’entend…) ?
    Quant au mot « HERBE », le « H » n’est pas aspiré (ben ouais : il est fumé…)

  11. Alain Hubler Says:

    Hihi, un peu d’humour est bienvenu !
    A propos de la motion du député vaudois Haury, voir cet autre billet :
    https://alainhubler.wordpress.com/2008/04/02/je-ne-veux-pas-devenir-un-indic-de-la-brigade-des-stups/

  12. ysengrimus Says:

    Ah, le cannabis. Il y a du pour et du contre…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/11/15/le-cannabis-est-encombrant-salissant-irritant-et-incroyablement-narcotique/

    Pas le pour et pas le contre que vous pensez…

    Paul Laurendeau

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