Je voterai « oui » au local d’injection à Lausanne, voici pourquoi

Manifestation pour le maintien du local d’injection de VancouverÀ son ordre du jour de mardi soir, le conseil communal de Lausanne propose un objet qui va déchaîner toutes les passions : l’ouverture d’un espace de consommation (de drogues) en ville. Même si la proposition de la municipalité consiste en une refonte profonde du dispositif lausannois en matière de toxicomanie et de marginalité, la discussion va se cristalliser et, sans doute, se crisper autour de la création du local d’injection et d’inhalation – d’où le terme espace de consommation – et d’un bistrot social. Beaucoup de choses seront dites, parfois justes souvent fausses et, malheureusement, aussi insultantes à l’égard des toxicomanes.

Il est bon de rappeler la politique que la Confédération a choisi de mener à l’égard du fléau de la drogue dans ce pays. C’est la fameuse politique des 4 piliers :
1. Prévention: éviter que les jeunes se droguent
2. Thérapie: aider les toxicomanes à sortir de la drogue et à se réinsérer dans la société
3. Réduction des risques et aide à la survie: éviter la déchéance physique et la misère des toxicomanes
4. Répression: lutter contre le trafic de drogue et la criminalité, protéger la population

C’est justement dans le cadre du troisième pilier que s’inscrit l’ouverture de l’espace de consommation dans lequel les toxicomanes auront la possibilité de s’injecter et d’inhaler des produits stupéfiants sous la surveillance et le contrôle de travailleurs sociaux et d’infirmiers. Précisons d’emblée qu’il n’est absolument pas question que la ville fournisse ou distribue de la drogue, ni qu’elle relâche son action dans le cadre des trois autres piliers.

Pour moi, comme pour les opposants à l’espace de consommation, le but est bien évidemment l’abstinence. Seulement, pour y arriver, pour entamer une cure de désintoxication, il faut être en vie. Il faut aussi être dans des conditions socio-sanitaires suffisamment bonnes pour être ouvert et disposé à commencer une cure. C’est exactement le but que poursuit un espace de ce type.

Certains opposants à cette structure estiment que les locaux d’injection ou/et d’inhalation encouragent les toxicomanes à rester ancrés dans leur dépendance, certains vont même jusqu’à dire qu’un tel local rend la consommation de stupéfiants «confortable». Au-delà du mépris de tels propos, cet argument ne tient pas. Il ne tient pas car, outre des soins et conseils sanitaires, les toxicomanes sont accueillis par des professionnels qui les orientent et les incitent à envisager, voire à commencer une cure. Et ce travail est efficace : c’est ainsi que le local d’injection de Vancouver a obtenu le résultat surprenant suivant : un toxicomane qui fréquente le local InSite de Vancouver a 2 fois plus de chances de commencer une cure que celui qui n’y va pas régulièrement.

Il me semble évident que le ou la toxicomane de la place de la Riponne, livré à lui ou elle-même a moins l’occasion d’être mis en contact avec des personnes susceptibles de l’orienter vers la porte de sortie de sa toxicomanie. L’espace de consommation, outre les soins sanitaires, est aussi là pour y pallier.

Une chose est malheureusement évidente, la nature même de la « qualité » des produits que les toxicomanes s’injectent fait que le risque d’overdose existe toujours. Dans ce contexte, une injection qui pourrait être fatale dans les caves d’un immeuble ou les WC publics ne le sera pas dans un local d’injection : les équipes médicales ont les moyens et la formation permettant de ranimer une personne qui s’en va … C’est ainsi qu’aucun décès par overdose n’est à déplorer depuis 25 ans dans l’un ou l’autre des onze locaux d’injection de Suisse.

Même si je conçois que l’on trouve choquant qu’une ville ouvre un espace de consommation de substances illégales et mortelles, l’alternative est au fond assez simple :

Voter non, c’est admettre que les toxicomanes se piquent, seuls, dans un WC public et risquent d’y mourir sans secours tout en n’ayant pas d’incitation à entamer une cure.

Voter oui, c’est faire en sorte que les toxicomanes s’injectent leurs substances dans des conditions sanitaires correctes, les mettant à l’abri d’une overdose fatale et au contact de travailleurs sociaux pouvant les orienter vers l’abstinence.

Mon choix est fait, ce sera oui.

5 Réponses to “Je voterai « oui » au local d’injection à Lausanne, voici pourquoi”

  1. Yamin Says:

    Bonjour,

    connaissait relativement bien la réalité de la toxicomanie à Lausanne je m’étonne de certains de vos propos.

    Vous dites:
    « Il me semble évident que le ou la toxicomane de la place de la Riponne, livré à lui ou elle-même a moins l’occasion d’être mis en contact avec des personnes susceptibles de l’orienter vers la porte de sortie de sa toxicomanie. »

    Les occasions me semblent déjà relativement nombreuses. Entre UNISET, ABS, la soupe ou se trouve des personnes qui font de la prévention, j’en passes et en oublie, il y a déjà de quoi avoir affaire régulièrement avec ce genre de travailleurs sociaux. Soit on accroît encore la potentialité de rencontre favorables, je veux bien.

    Vous dites encore:
    « Voter non, c’est admettre que les toxicomanes se piquent, seuls, dans un WC public et risquent d’y mourir sans secours tout en n’ayant pas d’incitation à entamer une cure. »

    Croyez vous qu’une fois le local ouvert toutes les injections s’y feront ? Soit, bis repetita contrario, on minimise la potentialité d’OD, parce que chaque shoot au local est un shoot de moins dans les WC.

    J’ai le désagréable sentiment que la ville ne nous propose que de cacher la merde au chat, avoir essayé en vain de chasser le chat.

    Ne pourrais-t-on pas, toutes choses égales par ailleurs, améliorer la vie et ses conditions que nous propose notre société. Je sais bien que la politique des drogues pas plus que la politique économique ne sont de compétence municipale, mais cela posé ne pourrait-on pas envisager que l’on se détende un peu dans notre petite bourgade ? Je m’explique naïvement je sais, mais ne serait-il pas possible de cohabiter respectueusement, en commençant par relativiser le « problème » que pose les toxicomanes aux commerçants et passants (ne me faites pas croire que cette politique des 4 piliers existe par altruisme) ?

    Voilà c’était quelque bouts de réflexions et questions jetés comme ça…

  2. Yamin Says:

    Pardon, après quelques recherches je découvre quel est l’immeuble où le local est prévu. Alors je me permets de reposter…
    Cet immeuble est tout à côté du parc où la ville voulait déjà il y a plus d’un an faire migrer la zone, qui porte le nom de « Parc de la Solitude » ça ne s’invente pas !

    Après avoir lu que Monsieur Brélaz a déclaré:
    « Si le local s’ouvre, après quelques mois, nous prendrons des mesures. Il n’y aura pas à la fois le local d’injection et un Platzspitz Riponne. »

    je ne puis qu’en déduire que la ville chasse le chat ET cache ses traces. Sans doute que de tendre vers plus de respect de chacun est plus difficile à assumer politiquement que les pressions des commerçants qui allaient de pétitions en pétitions et disposaient notamment des appréciables soutients de Mmes Fiora et Dumani pour faire entendre leur point de vue.
    … dont acte…

  3. Alain Hubler Says:

    Bonsoir Yamin !

    1) Concernant la rencontre avec des intervenants sociaux : les occasions sont peut-être « nombreuses », mais manifestement pas suffisantes ou pas appropriées à tous les cas. Je pense que la pluralité des personnes toxicomanes nécessite une pluralité de réponses.

    2) Toutes les injections ne se feront pas au local, mais celles qui s’y feront ont moins de probabilité de conduire à un événement malheureux. Je trouve cela important.

    3) « J’ai le désagréable sentiment que la ville ne nous propose que de cacher la merde au chat, avoir essayé en vain de chasser le chat. »
    Je vous accorde que le risque est grand que certains exigeront, si le local est voté, un « retour sur investissement ». Mais je sais que ce n’est pas l’intention du POP (AGt!), ni des socialistes, ni des verts.

    4) « Ne pourrais-t-on pas, toutes choses égales par ailleurs, améliorer la vie et ses conditions que nous propose notre société. »
    Bien évidemment ! On s’y emploie, mais, hélas, les temps sont peu « porteurs » : dernières votations sur les étrangers et l’asile, révision de l’AI, augmentation de l’âge de la retraite, etc …
    Le local, n’est pas LA solution, c’est juste une solution pour améliorer les conditions sanitaires des toxicomanes avant une éventuelle cure.

    5) Pour ma part, je relativise (beaucoup) les problèmes que posent les toxicomanes et je suis favorable, comme vous, à une ville détendue. À ce sujet, j’aime bien le réseau « Slow cities ».

    6) Vos réflexions ne sont pas naïves du tout et vous répondre me fait plaisir.🙂

    7) Le fait que l’immeuble acheté par la ville soit près du parc de la solitude n’est pas une volonté. J’en suis certain, mais cela tombe mal. Personnellement, j’avais pensé aux locaux commerciaux vides là où il y avait la Poste de la Riponne … mais j’imagine que la ville n’a pas eu un choix infini pour acheter un immeuble.

    8. Daniel Brélaz a dit “Si le local s’ouvre, après quelques mois, nous prendrons des mesures. Il n’y aura pas à la fois le local d’injection et un Platzspitz Riponne.”
    Si c’est bien ce qu’il a dit, ce sont des bêtises. Car :
    1) la Riponne ne deviendra pas un Platzspitz puisqu’elle ne l’est pas actuellement.
    2) Les toxicomanes n’ont pas à être interdits de Riponne, pas plus que les syndics, les vieux, les directeurs de banque ou les profs (comme moi).
    Pour terminer, je pense que les toxicomanes de la Riponne sont les toxicomanes pauvres, les autres ont les moyens de vivre leur vie comme ils veulent, sans que l’on veuille les chasser de leur bout de trottoir puisqu’ils ont des bureaux et des appartements corrects. La « lutte des classes » est aussi réelle chez les toxicomanes …
    Que cela n’empêche pas d’améliorer les conditions sanitaires des toxicomanes pauvres. Pour moi c’est le rôle du local.

    Bien cordialement.

    Alain

  4. Yamin Says:

    Bonsoir,

    Et bien vos réponses font que le plaisir est partagé

    « Si c’est bien ce qu’il a dit, ce sont des bêtises »
    Merci pour chacun des deux points qui suivent cette phrase, les deux méritaient malheureusement et sans éxagération de ma part d’être rappelés en ville de Lausanne. Quant au conditionnel si, il peut être retiré, voici ma source (j’ai la capture d’écran si nécessaire): http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=7824625
    Monsieur Bourquin quant à lui parle de: « véritable scène ouverte [de la drogue (n’est pas prononcé)] ». Je comprends Platzspitz…
    Source: http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500002&bcid=501271&format=450&vid=7826705&netscapeCompatible=true&safari=true

    Et pour s’en tenir là de l’inventaire Mme Zamora, pendant le trou du M2, a(aurait pas de source mais un souvenir, en tous cas qqn de la ville l’a effectivement fait) fait auter les bancs devant le bar « le national » où s’étaient rapatriés la zone et donné ordre à la police de chasser ceux qui restaient (la police s’est évidemment exécutée).

    « les occasions sont peut-être “nombreuses”, mais manifestement pas suffisantes ou pas appropriées à tous les cas. Je pense que la pluralité des personnes toxicomanes nécessite une pluralité de réponses. »
    J’insiste sur inappropriées. Je partage quant à la pluralité de réponses. Vous ajoutez:
    « Toutes les injections ne se feront pas au local, mais celles qui s’y feront ont moins de probabilité de conduire à un événement malheureux. Je trouve cela important. »
    Certes c’est important. Mais la ville aurait estimé 1500 le nombre de toxicomanes précaires. si 10% fréquentes ça serait un sacré résultat. En revanche la zone c’est entre 5 et 40 personnes max. sur la place ou l’esplanade et les rues voisines. Puisque la citation de M. Brélaz semble authentique (sauf pour un sceptique intégriste si ça existe) cela signifie que s’ils ne sont pas toute la journée au local, mais qu’ils passent un moment à la riponne ça va barder. A moins qu’il ait voulu dire que c’est le local qui fermerait, et que la réduction des risques ne vaudrait plus…
    MAIS vous ajoutez :
    « Le local, n’est pas LA solution, c’est juste une solution pour améliorer les conditions sanitaires des toxicomanes avant une éventuelle cure. »
    C’est là le noeud. d’accord pour « une solution » mais ça coince à « éventuelle cure ». Le mot éventuel est bien placé mais avec cure j’ai envie d’en revenir à la question du modèle de société et des conditions de vie. Pour vouloir se soigner et s’abstenir (c’est à dire se passer de ce qu’on connait de meilleur(mais ça dure 15 secondes)) il faut avoir de l’espoir en l'(son)avenir. Il y a certes un facteur individuel qu’on appel comme on veut volonté, force de caractère, l’espérance pour les chrétiens croyants, etc , mais franchement est-ce tentant de se prendre dans la gueule en plus de ce qu’implique le sevrage et l’abstinence, les poursuites, les préjugés, les tutelles qui trainent, le retour dans le monde du travail qui n’est pas gagné d’avance c’est le moins qu’on puisse dire, etc.

    Merci pour vos réponses qui me font saisir un point de vue plus nuancé que je ne l’avais perçu.

    Peut-être à l’occasion si l’on se rencontre (marre d’écrire dans cette toute petite boîte de saisie) aurais-je l’occasion de vous expliquer pourquoi la définition que vous donnez du voter non m’irrite.

    Solidairement

    Yamin

  5. Alexandre Biard-Chauvet Says:

    http://jeunesliberaux.wordpress.com/2007/06/16/les-jeunes-liberaux-disent-non-a-la-creation-dun-local-dinjections-a-lausanne/

    Les JLV lancent également le débat concernant le local d’injection…

    Etes vous pour aider les toxicomanes à rester dans leur dépendances??

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