UNO compression

Uno compressionLe Uno est un jeu de société pour tous les âges dont le but est de se débarrasser d’un maximum de cartes en un minimum de temps en respectant une règle de base simplissime : la couleur ou la forme !

UNO est aussi une grande opération de fusion entre la Radio suisse romande (RSR) et la Télévision suisse romande (TSR) lancée le 19 mars dernier et placée sous la direction de Gilles Marchand l’actuel directeur de la TSR. Ce projet dit de « convergence » – séduisant terme technocratique qui exclut en lui-même toute divergence – est censé aboutir d’ici 2010.

Selon tsrinfo.ch, « ce grand projet doit permettre à la radio et à la télévision publique en Suisse romande de s’adapter à l’évolution très rapide du paysage médiatique et de répondre aux nouvelles attentes et pratiques du public. » Comme si la radio et la télé actuelles ne faisaient rien pour rester en phase avec le monde qui les entoure. Comme si celles et ceux qui font ces médias jour après jour faisaient partie d’un monde à part.

D’ailleurs, au fond, pourquoi les médias devraient-ils se plier instantanément aux attentes et pratiques du public ? Et au fait de quel public, de quelles pratiques et de quelle attentes parle-t-on ? Et puis d’abord, ça a quel(s) goût(s) le public ? Salé, acide, amer, dou(cereu)x ? Plus sérieusement, le paysage médiatique évolue-t-il vraiment si rapidement que ce que les dirigeants de l’audiovisuel romand veulent bien dire ? Je me méfie …

Probablement qu’une partie des véritables raisons de cette volonté de fusionner les yeux et les oreilles réside dans cet autre objectif : « Le regroupement des entreprises RSR et TSR vise également une économie de 10% dans le domaine des infrastructures, de la logistique et des supports. » Une économie qui, comme il se doit pour éviter trop d’ennuis, permettra des réallocations ciblées, notamment sur l’incontournable ouaibe, afin d’augmenter l’efficience – encore un mot très branché qui affirme que le rendement actuel des médias audiovisuels est insuffisant – du service public audiovisuel romand.

Ce sont en fait les déclarations d’Armin Walpen, le directeur général de la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR), du 23 juin dernier qui expliquent le mieux la démarche UNO. Tout en annonçant son départ, anticipé, à la retraite, il explique que sans recettes supplémentaires ou économies substantielles, la dette de la SSR pourrait passer de 200 à 790 millions.

Nous y voilà : l’audiovisuel public est simplement entré dans une phase de compression dont la fin est purement économique. Point barre, ce n’est pas plus compliqué que cela. Tout le reste n’est que poudre aux yeux, comme la démarche participative qui a accouché de 63 (!) groupes de travail qui coûtent la bagatelle de 2,8 millions de francs et qui ont pour mission de réfléchir à la façon dont cette fusion peut se dérouler.

Le Syndicat Suisse des Mass média (SSM) romand ne s’y trompe pas et explique tout ça sur son blogue baptisé de manière très appropriée « UNO compression ».

Les esprits chagrins rétorqueront que le SSM défend les petits privilèges de ses gauchistes de membres et les ignorants affirmeront que si l’on peut causer dans la boîte à images, on peut en faire autant dans le poste à son. Et vice-versa. La preuve la plus récente en étant Fathi Derder, le rédacteur en chef de La Télé, qui a réussi le grand saut en quittant la RSR pour la nouvelle télé – privée – valdo-fribourgeoise. Et ils rêveront tous à de jolies télés et radios où il suffit d’en faire plus avec moins pour combler leurs vœux.

En écho à l’introduction de ce billet, une évidence s’impose à mes yeux. Le point commun entre le jeu de société Uno et le processus de fusion de la TSR et de la RSR réside dans le but du jeu : se débarrasser d’un maximum de cartes en un minimum de temps en respectant, autant que faire se peut, les couleurs et les formes …

About these ads

Tags: , , , , , , , , ,

6 Réponses to “UNO compression”

  1. bastos Says:

    ah voila je comprend mieu :-) j’ai aussi lu un peu les autres postes bravo tres bien votre blog ;-)

  2. Claudia Says:

    En parfait accord avec cette article. J’y ajouterai même que cette convergence est également destinée à offrir un placard doré à M. G. Tschopp (actuel directeur de la RSR) et à diffuser un écran de fumée afin que le public oublie "la sale affaire".

  3. F_Etienne Says:

    Une bonne compression des médias en général ne peut être que salutaire. La convergence est une excellente démarche pour arrêter de tenir l’auditeur / téléspectateur comme une vache à lait et un débile assis devant sa canette de bière et ses chips croustillants.

    Nous voulons des programmes intelligents et concrets, non pas du bla-bla-bla insipide à la gloire de la sous-culture américaine. Et un grand coup de frein à la publicité débile, consommatrice, allant à l’encontre des mouvements éco-publics. Un excellent exemple est donné par la France qui plébiscite France 2, apportant une diversification d’information et de culture.

    Quant à l’information, un immense coup de frein devient indispensable pour purger le réel, l’utile, le fondé, de l’imbécillité collective.

  4. F_Etienne Says:

    IL convient de souligner de manière très objective que la RSR est une entité SSR ofrant un excellent programme, se distinguant par sa diversité, son intelligence et son utilité. Il est rare de trouver une radio aussi bien équilibrée. Félicitations particulières.

    Par contre, la TSR nous étouffe avec ses séries américano-médicales. Stop à cette invasion de sous-culture débile. Le niveau d’invasion est tel que bientôt il va falloir intervenir. Il est scandaleux de devoir payer une redevance télévision suisse pour un programme aussi pauvre et, en plus aussi violent.

  5. Alain Hubler Says:

    Mais oui M. Etienne, quelle excellente idée ! Comprimons, comprimons, jusqu’au moment où il n’y aura plus qu’en seul média que l’on pourra baptiser "Pravda" ou TF1, ce qui revient un peu au même.

  6. F_Etienne Says:

    La pléthore des canaux d’information et de culture constitue une plaie de société. La compression est une nécessité qui de toute manière s’imposera naturellement. La diversité est susceptible d’enrichir quand elle demeure saine. Et la "crise" est en train, heureusement, de décanter un peu la situation.

    La vraie dictature que vous redoutez est en fait déjà active, certes de manière conviviale. C’est, par exemple, la pensée unique distillée continuellement. En Suisse, comme partout ailleurs.

    Dans le cas de la convergence RSR-TSR-SSR …. il s’agit concrètement de diminuer les coûts astronomiques d’une institution pléthorique. L’information prorement dite n’est que très secondairement concernée. La concession suisse est déjà bien trop élevée …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: