Lundi dernier, Daniel Brélaz, le syndic vert de Lausanne, déclarait au quotidien le Temps que «l’appoint [énergétique] soit des centrales à gaz soit du nucléaire est nécessaire. […]». Le lendemain, dans le même quotidien, il affirmait être favorable à un compromis global en matière d’énergie, mais déclarait ne pas inclure le «nucléaire dans ce compromis».
Et le Syndic d’accuser le journaliste de l’avoir mal compris. Et les camarades verts de crier à la trahison. Soit dit en passant, c’est fou le nombre de personnes qui comprennent mal Daniel Brélaz.
Tout cela rappelle un peu la déclaration, faite il y a un mois à peine, par le Ministre Leuenberger qui, pour rire, ou plutôt par provocation, annonçait envisager l’entrée en bourse des CFF et, ainsi, les privatiser en partie.
Et la presse de s’emparer, puis de commenter ces annonces et les camarades roses de crier au scandale.
Une provocation labellisée et une provocation camouflée ? Deux coups de sonde ? En tout cas, à coup sûr, une bonne pub dans les journaux et un message qui passe. Dans les deux cas.
Dans le cas Leuenberger, une façon d’attirer l’attention de la presse et peut-être de celle du public, sur les difficultés qu’il a de réunir l’argent indispensable au développement du réseau des transports publics. Dans le cas Brélaz, une façon de préparer l’opinion de la presse et probablement celle du public (bis), sur le recours inévitable aux centrales à gaz parce que les énergies renouvelables ne vont pas suffire, du moins pour le moment.
Deux pavés dans la mare pour réveiller les consciences.
Mais deux pavés dans la mare qui font des vagues dans toutes les consciences et qui secouent tous les instincts y compris les mauvais.
À l’exemple de ce courrier des lecteurs, publié aujourd’hui dans de Le Temps, où Bruno Pellaud, président du Forum nucléaire suisse, se frotte les mains en affirmant «souhaiter l’émergence sur la scène politique de «Verts avertis», des Verts qui se démarqueraient des opportunistes qui les entourent à gauche et à droite, et qui s’engageraient politiquement pour faciliter le stockage définitif des déchets radioactifs.»
À l’instar de cette chronique d’Urs Gfeller, journaliste à la RSR, qui titrait le 22 mai dernier un billet du blogue Signature ainsi : «Le parti socialiste suisse, un dinosaure qui s’ignore». Un titre suivi d’un – mauvais – conseil «[…] s’il faut défendre la justice sociale il faut aussi et surtout plaider pour l’économie de marché.»
Ces avertissements sont clairs : il s’agit pour les Verts «crédibles» d’ouvrir grand la porte au nucléaire et pour les socialistes «modernes» de prendre fait et cause pour l’économie de marché. La réciproque coule de source : les Verts qui veulent sortir du nucléaire sont des rigolos et les Socialistes qui privilégient la justice sociale sont des ringards.
Et c’est avec ce genre de ballons d’essais, de coups de sonde, de provocations que l’on finit, petit à petit, par laisser percoler dans le cerveau de tout un chacun qu’il n’y a pas d’espoir en dehors du nucléaire et de l’économie de marché.
Je ne vous félicite pas messieurs.
- Crédit photographique : StrahlemannBE sous licence Creative Commons.









Autant le cas de Leuenberger est fort clair (c’était une provokkation !), autant celui de Brélaz semble plus brumeux. Si la thèse du ballon d’essai me semble très possible dans le cas du socialiste, j’ai bien l’impression que dans le cas du vert il y a vraiment eu malentendu. Je doute vraiment très fort que Brélaz puisse s’accomoder du nucléaire…
Par contre, c’est une excellente occasion pour lui pour plaider pour les centrales à gaz, chose que l’on peut regretter. Les économies d’énergie disparaissent du champ d’action…
Si vraiment Brélaz avait changé d’avis, les journalistes du Temps se seraient défendus, non ? Si vraiment ils avaient pris soin de vérifier leur information, ils revendiqueraient le sérieux de leur travail…
Mais c’est vrai que du point de vue du résultat de tout ça, j’arrive à la même conclusion que toi !
Très juste. A force de marteler son TINA, Mme Thatcher a fin par en convaincre beaucoup. Y compris à “gauche”…
Piketreplik, je ne suis pas si sûr que le cafouillage de M. Brélaz et du Temps soit si net (même si ton analyse sur ton blog me semble très pertinente): Un vieux briscard comme Brélaz ne se laisse pas piéger par un journaliste. Sur un sujet aussi “chaud”, si on a un tant soit peu d’expérience, on demande à relire les citations… Mais il est vrai que le Temps a certainement voulu faire mousser. Peut-être sont-ils frustrés de ne pas avoir d’édition dominicale et se comportent comme un journal du dimanche en semaine.
@Dani : ton explication (sur ton blogue) est intéressante, mais comme je commence à connaître le Syndic et que la citation de DB :
«l’appoint [énergétique] soit des centrales à gaz soit du nucléaire est nécessaire. […]»
n’a pas été formellement démentie, je pars du principe qu’elle a bien été dite.
Cette phrase à un énorme avantage : elle permet de dire qu’il faudra l’appoint énergétique des centrales à gaz, ou nucléaires et peut-être même les deux.
Elle permet surtout de faire une “une” et de préparer le terrain des centrales à gaz en utilisant le repoussoir nucléaire …
Tiens… je n’avais jamais répondu.
Je suis assez d’accord avec cette dernière interprétation : c’est très possible. Ce serait assez dans les formes stratégiques du syndic…
Mais je reste convaincu qu’un journaliste un tant soit peu professionnel, donc un minimum résistant aux manipulations, devrait vérifier, contrôler, etc.