La pénitence de la Coop
23 février 2008 par Alain Hubler
Qui n’a pas vu la dernière publicité de deuxième acteur du commerce de détail en Suisse ? Qui n’a pas vu ces pleines pages qui affirment : «Pour mieux préparer l’avenir : bilan CO2 neutre pour Coop» ?
Grâce à cette campagne, tout le monde sait que la Coop est très soucieuse de et très engagée en faveur de l’environnement. Tout le monde sait qu’entre 2006 et 2007 la société a diminué – en Suisse – sa production de CO2 de plus de 10%. Mais tout le monde sait aussi qu’il est illusoire d’arriver à une production de dioxyde de carbone nulle, cela est bien évident et c’est là qu’intervient le deuxième acteur : le WWF avec lequel la Coop a conclu un partenariat par lequel «les deux partenaires s’engagent à œuvrer ensemble pour la protection de l’environnement.»
C’est là aussi qu’intervient le fonds de compensation CO2, doté, en 2006, d’1,5 million de francs (2% du bénéfice net 2007) destiné à compenser les émissions de CO2 pour atteindre le fameux « bilan CO2 neutre ».
Ces deux actions, outre l’éclat publicitaire et médiatique qu’elles confèrent au géant du détail, me laissent un goût amer dans la bouche et me font irrésistiblement penser aux pénitences de l’Eglise catholique romaine. Ces pénitences qui permettent de réparer les mauvaises actions, de réparer le mal une fois qu’il est fait.
Pourquoi suis-je si dur et suspicieux à l’égard de l’autre géant orange ? C’est simple, j’ai failli croire à la réelle volonté de la Coop de s’engager sur la voie, exceptionnelle pour une telle entreprise, de l’exemplarité écologique.
J’ai failli y croire jusqu’à cette après-midi au moment où j’ai découvert sur les rayonnages de l’une de ses succursales des asperges vertes du Mexique, des tomates cherry et des framboises du Maroc et des avocats de la Dominique. Inutile de dire que tous ces produits qui peuvent pousser en Europe – quand c’est leur saison – seront intégralement compensé par des pénitences et des coups de publicité.










La pénitence de la Coop
A grand renfort de publicité, la Coop annonce qu’elle veut atteindre un "bilan CO2 neutre". Cela ne l’empêche pas de vendre des fruits et légumes venus de l’autre bout du monde.
Du pur marketing. Vendre 1 article à peu près équitable, en faire tout un foin, et vendre silencieusement 10 articles qui ne respectent en rien l’environnement, achetés à un prix plancher, c’est un moyen bon marché de s’acheter une conduite. Même une entreprise anti-sociale comme Nestlé se fait le chantre du commerce équitable et propre. Le département “communication” de la COOP n’est cependant pas très doué, avec des arguments de vente bateaux d’une faiblesse risible.
Une voiture protège l’environnement, un kilo de café rend le monde meilleur - le système capitaliste actuel est viable et finira par nous sauver! “Pas de souci”….
De plus, on commence à réaliser que cette mode de compensation du CO2 a des effets pervers : Elle donne bonne conscience, comme tu le dis, mais elle ne fait que limiter les dégâts.
Comme le dit un article de 24Heures publié lundi 18.2 intitulé «La compensation du CO 2 est une illusion» (disponible en version électronique pour les abonnés), “Ce terme de compensation n’est pas le bon car il laisse entendre que notre impact sur le climat est nul, ce qui est faux. Une fois que quelque chose est émis, on peut juste espérer minimiser les dégâts.”
Un bilan CO2 neutre c’est bien, mais limiter le CO2 tout court, c’est encore mieux
Bonjour, je viens de découvrir votre blog par le billet de romanding. Je le trouve très intéressant ! Bravo pour la photo en haut du blog !
Je reviendrais vous lire souvent. Je vous mets dans mes liens.
A bientôt
Merci pour les compliments … mais effectivement comme vous l’avez vu la photo du bandeau est de Suraj Ravindran qui m’a autorisé à l’utiliser. Merci à lui !
Il y a un avantage à la publicité COOP pour les produits CO2 compensé: avant, quand on voulait acheter des herbettes locales, il fallait lire attentivement la boîte, au risque de confondre un importateur suisse et un producteur d’un pays lointain. Maintenant, toutes les herbettes qui viennent d’Afrique du Sud, d’Israël ou de Thaïlande sont munies d’un logo avec un petit avion et la mention “CO2 compensé”. Ce qui permet de les reconnaître de loin et de les éliminer rapidement de votre panier…
C’est exactement le même principe que le commerce des indulgences qui avait cours avant la Réforme.
Très juste Sugus, c’est exactement cela.
Quant à l’autocollant “by air”, cela donne bonne conscience.
N’empêche, les asperges mexicaines sont dans les rayons et elles sont là pour être tentaaaaannnntes !
Aie confiance disait le serpent kha …
Trajet d’une bouteille de vin genevoise vers un magasin COOP genevois:
Genève - Pratteln - Aclens - Genève
alors qu’on ne parle pas de CO2 “compensé”