Dans un billet daté du 13 avril dernier, la future conseillère nationale verte Adèle Thorens s’extasiait des performances du TGV français qui venait de pulvériser la vitesse mythique de 500 km/h en atteignant 574,8 km/h.
Elle commençait son billet ainsi : «Bravo à la France, qui a su investir dans le rail et ses nouvelles technologies !»
Une question me trotte dans l’esprit depuis lors : en quoi le TGV est-il un progrès pour les transports publics ? En quoi est-il une avancée sur le plan de l’écologie ?
La réponse est probablement : en rien. Ce qui signifie qu’en l’occurrence Adèle Thorens n’aurait pas dû s’extasier devant cette performance technique, pour l’instant sans lendemain, qui consiste à propulser un train à la vitesse d’un avion.
D’abord, et dans le désordre, qui dit TGV dit bien souvent voitures. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil à une vue aérienne de la gare TGV d’Avignon par exemple. Pourquoi tant de voitures et de si grands parkings? Parce que les gares ferroviaires TGV sont bien souvent, comme les aéroports, en dehors des villes et que, tout naturellement, on s’y rend en voiture ou en car. Tout naturellement parce que les autorités préfèrent affréter des cars plutôt d’adapter les lignes ferroviaires qui pourraient relier les gares SNCF des villes aux gares TGV situées en pleine campagne.
Le TGV est aussi un gros dévoreur d’énergie et d’espace en ce sens qu’il nécessite la construction de nouvelles lignes, très rectilignes et très planes qui imposent des saignées dans le relief et des ouvrages d’art pour le moins envahissants et gros consommateurs de béton.
Le TGV, qui ne relie que des villes d’une certaine importance, tend aussi à concentrer les individus et les activités économiques. C’est en tout cas ce qu’expliquait La vie du rail, revue de la SNCF, dans son édition du 1er novembre 1990 : «Le système TGV ne peut fonctionner qu’entre des villes de taille suffisamment importante pour générer un trafic qui justifie l’existence d’une nouvelle ligne (…) En ce sens, le TGV ne fait qu’accompagner une tendance lourde de l’évolution économique actuelle qui concentre l’activité entre quelques grands groupes rassemblés en des pôles stratégiques. Le TGV, de la même façon, contribue progressivement à une nouvelle structuration de l’espace autour de pôles de moins en moins nombreux et de plus en plus importants».
Les investissements massifs en faveur du TGV ont aussi pour conséquence attendue la désaffection de certaines lignes que la SNCF juge «pas rentables». Voici ce que rapporte SUD-Rail à ce propos: «Eté 2004 : la SNCF modifie les dessertes de 3 lignes (Lille-Strasbourg, Quimper-Lyon et Bordeaux-Lyon) pour diminuer de moitié “leur déficit”. Eté 2005 : la SNCF annonce la suppression de 70trains “Corail” par semaine.»
Enfin le TGV consomme approximativement trois fois plus d’énergie qu’un train grande ligne classique. C’est ainsi que la consommation du TGV par kilomètre et par passager se monte à 83 Wh alors que celle d’un train grande ligne normal atteint seulement 30 Wh.
L’ensemble de ces facteurs a pour conséquence que, depuis la fin des années 80, l’usage du train a tendance à s’essouffler dans l’hexagone.
Les Verts français ont d’ailleurs, eux, bien compris les dangers de la grande vitesse :
«Le record de vitesse du TGV masque une autre réalité : le rail laisse de nombreux voyageurs à quai ! En effet, les tarifs du billet du TGV Est sont prohibitifs (158 euros en seconde classe pour un A/R Paris-Strasbourg). Il sera plus rentable pour un couple d’utiliser sur ce parcours la voiture plutôt que le futur TGV ! Le TGV attire l’usager de l’avion … pas de la route. Le TGV devient l’allié objectif du tout routier. Quid du climat, de la fin du pétrole et de la pollution de l’air due aux voitures ?»
Autant de bonnes questions qu’il convient de se poser avant de s’extasier, autant de bonnes questions que la nouvelle conseillère nationale verte devra se poser quand il s’agira de traiter du dossier des transports publics suisses.
- Crédit photographique : Alain Stoll sous licence Creative Commons.






La vue aérienne de la gare TGV de Marseille-Calas est également très éloquente : http://maps.google.fr/maps?f=l&hl=fr&geocode=&time=&date=&ttype=&q=gare+tgv&near=marseille&ie=UTF8&ll=43.455115,5.318112&spn=0.039813,0.063086&t=h&z=14&om=1
En effet, ça se voit de loin (haut).
Merci nst !
A ma connaissance, il s’agit plutôt de la gare Aix-en-Provence TGV. Mais ça ne change rien au début. On peut surtout regretter, concernant cette gare, qu’il n’ait pas été prévu de la situer à proximité de l’aéroport de Marseille (qu’on peut voir à gauche…). L’intermodalité passe manifestement systématiquement par la route…
Une vraie prouesse ce TGV, il s’exporte au Maroc. : )
+
Ben je crois bien que Carl a raison, mais nst pas tort.
Certines de ces gares sont tellement “loin de tout” :
27 km de Marseille et 18 km d’Aix.
Quand je suis passé par cette gare, l’aspect “parking géant au milieu de nulle part” m’avait marqué. Mais effectivement, je ne me souvenais plus de son nom exact.
Pour ce qui est de la consommation énergétique, quand vous dites que “la consommation du TGV par kilomètre et par passager se monte à 83 Wh alors que celle d’un train grande ligne normal atteint seulement 30 Wh”, vous oubliez que le TGV va 2-3 fois plus vite qu’un train ordinaire.
Autrement dit, si on ne s’en tient qu’au coût énergétique du trajet en train en lui-même (et non les transports avant et après celui-ci) le seul critère pertinent serait les Wh/km parcouru.
Le TGV n’apparaît ainsi à terme pas si vorace que cela…
pardonnez-moi il m’a fallu relire mon post pour lire correctement votre texte. C’est bien le critère que vous utilisez
Du coup votre article est aussi pertinent que le TGV n’est pas écolo…
Le TGV est certes cher…
mais faisons le calcul pour un couple (puisque c’est la citation utilisée). 2 A/R en TGV Paris/Strasbourg = 316€.
(Je passe sur les réductions possibles, même si personnellement je n’ai jamais payé plein tarif…)
1 A/R en voiture Paris/Strasbourg = 2×488km.
Dans le détail ça nous donne :
- péage :2×33€=66
- carburant : 2×6 litres/100( en pratique certainement plus)x4.88 (nb de fois 100km)x1.40 (prix du carburant…déjà en dessous de la réalité)=82
- usage/vieillissement de la voiture (le grand oublié). Considéré en moyenne à 20c/km (retenu par l’Etat par ex.):
2*488*0.2=195
Ce qui nous fait un vrai total pour la voiture à …343€
Alors certes le TGV est bien cher, mais la voiture reste un gouffre, et ça ne risque pas de s’arranger.
Et d’un point de vue énergétique, le TGV consomme certes plus que le Corail (à cause de la différence de vitesse)…mais, par siège, toujours moins que la voiture (je vous passe les calculs). Et on voit plus souvent des TGV pleins à 80% que des voitures…