Le 6 octobre dernier, 24 heures se livrait à un exercice habituel avant les élections fédérales : l’évaluation du travail et de la visibilité des parlementaires vaudois à Berne. Claude Ansermoz arrivait à la conclusion suivante : « À Berne le vaudois ne fait pas le poids ». Pour Marianne Huguenin, il commentait : « La femme médecin soigne-t-elle le nanisme politique et l’écartèlement ? Alors qu’il est déjà difficile d’exister lorsqu’on appartient à un groupuscule parlementaire, Marianne Huguenin choisit d’ajouter le handicap du double mandat. Difficile dans ces conditions pour la syndique de Renens d’être véritablement prise au sérieux. »
Le dimanche 21 octobre, la gauche de gauche perdait deux de ses trois sièges à Berne, Marianne Huguenin se retrouvant seule élue. À l’ancienne Ecole de chimie, où les médias et les candidats commentaient les résultats, la syndique de Renens laissait alors échapper une petite phrase faisant état de ses doutes quant à la possibilité de mener de front sa fonction de syndique et de parlementaire fédérale totalement isolée. Laurent Busslinger rapportait son inquiétude ainsi dans le 24 heures du lendemain : « Au nom de son travail de syndique de Renens, elle pourrait toutefois se désister … »
Depuis lors, les commentaires vont bon train, tout le monde s’en donne à cœur joie et essaie de trouver une issue possible à partir de scénarios plus ou moins probables et de données plus ou moins erronées. Quand je dis tout le monde, je veux bien évidemment dire la presse, car c’est elle qui s’exprime le plus sur le sujet. C’est ainsi que l’on peut voir ou lire ou encore entendre des commentaires et des titres tous plus saignants les uns que les autres.
Le « Faut-il sauver le camarade Zisyadis ? » de Jérôme Cachin dans La Liberté, du 24 octobre sous-entend qu’il serait question de sacrifier Marianne Huguenin pour redonner sa place à Josef Zisyadis.
Laurent Caspary dans Le Temps du même jour est plus direct : « Marianne Huguenin doit-elle laisser sa place à Josef Zisyadis au conseil national ? » puis « doit-elle se sacrifier pour Josef Zisyadis ? » Là encore il est dit à demi-mot qu’un éventuel départ du conseil national serait plus le fait d’une volonté de Josef Zisyadis qu’un choix douloureux de Marianne Huguenin.
Plus loin, Laurent Caspary franchit une étape dans la mise en scène dramatique avec ce titre : « Se sacrifier pour Josef Zisyadis ? Malaise popiste » et en ajoute encore une couche en questionnant sur la problématique féministe « Dans ces circonstances, et alors qu’elles font de la promotion des femmes l’une de leurs priorités, les forces de gauche peuvent-elles cautionner un éventuel retrait de l’élue au profit de Josef Zisyadis sans se décrédibiliser? ».
Toujours dans Le Temps du mardi 24 octobre, on tombe dans la politique-fiction avec ce commentaire de Yelmarc Roulet qui évoque presque une nouvelle théorie du complot : « Josef Zisyadis va-t-il ajouter à sa longue liste de coups un exploit d’un nouveau type : remplacer dans son fauteuil de parlementaire fédérale Marianne Huguenin, que le peuple vient de réélire au Conseil national alors qu’il en a lui-même été éjecté ? Ce douteux arrangement de coulisse, pour choquant qu’il apparaisse, est envisagé le plus sérieusement du monde entre les intéressés. »
Voilà donc comment celle qui était, à la veille des élections, une plante verte à Berne est devenue d’une seconde à l’autre une icône dont le siège bernois est menacé par un has been totalitaire. Marianne Huguenin est devenue d’un coup d’un seul une femme-politicienne-objet dont les questionnements légitimes, les doutes et les limites sont mis en liberté surveillée par la presse qui en fait ses choux gras.
Dans cette situation, deux solutions sont envisageables. Marianne Huguenin, peut-être à son corps défendant, assume ses responsabilités, peut-être au-delà de ce qui est humainement possible. Certains diront alors que Josef Zisyadis est politiquement mort. Ou alors, Marianne Huguenin remet son mandat et Josef Zisyadis reprend le siège laissé vacant. C’est alors que d’autres, ou les mêmes, crieront au scandale, à la manipulation, voire au complot.
Le résultat est que Marianne Huguenin et Josef Zisyadis sont pratiquement certains de perdre tous les deux des plumes et cela quelle que soit l’issue qui sera apportée à ce qu’il faut bien appeler une affaire d’Etat créée en grande partie par la presse. C’est ce que Daniel Abimi a résumé dans 24 heures du 23 octobre avec beaucoup plus de mesure que ses collègues par ce titre : « Le choix cornélien de Marianne Huguenin ».









Marianne Huguenin, la femme-objet
Comment une plante verte à Berne est devenue d’une seconde à l’autre une icône dont le siège bernois est menacé par un has been totalitaire.
Je ne sais pas trop ce que faisait Marianne Huguenin à Berne. Mais une chose me paraît claire, le peuple de gauche voulait des changements. Lui imposer le trublion Zysiadis qui rentrait par la fenêtre alors que la porte lui a été fermée ne paraît pas ce que le peuple de gauche souhaite. Qui est derrière lui sur la liste ?
Cher Monsieur Hubler,
Je vous remercie de l’attention que vous portez à mon article du 24 octobre.
Vous vous contentez de vous arrêtez à son titre (”Faut-il sauver le camarade Zisyadis?”) pour les besoins de votre démonstration et je le déplore. J’invite les lecteurs à prendre connaissance de la totalité de cet article en suivant ce lien:
http://www.federales.ch/index.php?2007/10/22/333-faut-il-sauver-le-camarade-zisyadis
Ils verront donc que mon propos est assez éloigné de celui que vous me prêtez.
Je m’étonne aussi de la description que vous faites de l’activité journalistique de ce début de semaine. Une petite phrase lundi dans un autre journal, et hop, “depuis lors, les commentaires vont bon train, tout le monde s’en donne à cœur joie”. Voilà selon vous ce qui motiverait la rédaction d’un article sur l’après-non-réélection d’une des personnalités de gauche les plus connues en Suisse et le fait que l’unique élue de cette liste exerce un autre mandat. Les deux protagonistes méritent pourtant mieux que ça, n’est ce pas?
Bien à vous
@Jérôme Cachin:
Bonjour M. Cachin,
D’abord merci d’avoir posé un lien sur votre article complet qui est reproduit sur Fédérales.ch. Je l’avais initialement lu dans le journal papier et n’avais pas pris la peine d’aller le rechercher sur votre blogue.
Je crois comprendre au travers de votre commentaire que le titre de votre article ne correspond pas tout à fait au développement de celui-ci. Mais je dois me tromper. De toute manière je suis certain que vous connaissez mieux que moi l’effet des gros titres sur les lecteurs. Voilà pourquoi je me suis arrêté là. A ce propos, le titre de Daniel Abimi résume bien la situation et il a eu droit au même traitement que vous.
A propos de l’activité journalistique de ce début de semaine, je constate simplement que les personnes concernées et même celles beaucoup moins concernées n’ont jamais reçu autant de coup de fil de journalistes. Qu’ils soient de la presse écrite, parlée ou télé. Et que cela se traduit par l’abondance des articles.
Pour terminer le sujet, je constate avec amusement qu’à travers mon billet, je me plains d’un traitement quelque peu partial de la presse et qu’un journaliste se plaint d’un traitement un peu partial de ma part …
Cela montre que le blogue est un outil de communication assez intéressant.
Cordialement.
@kalvin: l’ordre d’arrivée du grand prix de Berne est, pour le POP & Gauche en mouvement :
1 HUGUENIN Marianne 23 454
2 ZISYADIS Josef 22 679
3 VUILLEUMIER Marc 7 233
4 DIVORNE Didier 6 452
5 FOREL Olivier 6 387
6 JAQUET-BERGER Christiane 6 073
7 GRAND-GREUB Hélène 5 989
8 BEGUIN Jean-Marie 5 951
9 TORRIANI Elena 5 801
10 TSCHUMI Jean-Jacques 5 634
11 APARICIO Isabelle 5 627
12 KNECHT Evelyne 5 453
13 FRUND Sarah 5 279
14 BLANC Jean-Baptiste 5 209
15 RASHITI Tefik 5 180
16 FISCHBACH-ORIOLI Vivianne 5 163
17 SANSONNENS Julien 5 049
18 WIRTHS Damien 5 006
L’effet recherché d’un titre est qu’il incite le lecteur à lire l’article
Celui de votre billet est, en ce sens, assez réussi.
Très juste, merci pour le compliment, mais le contenu est conforme au titre.
Et maintenant, c’est toujours, la presse qui invente, qui déforme…
Je constate simplement un manque de respect crasse des électeurs de Madame Huguenin. Je veux bien croire que les 2 activités ne sont humainement pas possibles mais l’intéressée le savait lorsqu’elle s’est présentée. On a reproché durant des décennies la politique des petits copains de la droire et à juste titre mais le problème est qu’on fait la même chose aujourd’hui.
Je suis dégoûté et Joseph Zizyadis n’a pas fini d’entendre les critiques. Dès qu’il voudra dénoncer un scandale, certains se feront un malin plaisir de lui rappeler cet épisode. Il perdra le peu de crédibilité qui lui reste.
Bien que le procédé soit légal, si le parti est fondamentalement et foncièrement honnête, il envoie un autre représentant à Berne.