Mardi soir, le conseil communal de Lausanne a consacré un long moment à l’espace de consommation que la municipalité désire installer à la rue César-Roux 16. Si certains élus, de droite, ont profité de ce débat pour l’utiliser comme une tribune politique et que d’autres ont avancé des contrevérités, la majorité des débatteurs est resté sereine. Tellement sereine que l’on pouvait comprendre la position et les motivations de certains opposants. On pouvait entrapercevoir leur discours intérieur et les raisons de leur refus.
Le hasard a voulu que le lendemain des raisons professionnelles m’aient permis de me frotter à la différence entre éthique et morale. Je crois que le fossé qui sépare les « pros » et certains « antis » local d’injection se situe à ce niveau-là.
Même si souvent les deux notions sont confondues, des philosophes y voient une différence. En vulgarisant – je ne suis pas philosophe – on peut ainsi distinguer :
- la morale faite d’un ensemble de règles, de principes et de lois qui dépendent du lieu, de la culture et de l’époque de la société concernée. En gros, elle définit le bien et le mal;
- l’éthique peut être définie comme la capacité à s’interroger sur ses actions et à déterminer leur degré de justesse. En gros, elle définit la pertinence ou la légitimité des actes dans un contexte donné.
En simplifiant encore à l’extrême, un acte légal relève de la morale alors qu’ un acte légitime, mais peut-être illégal, relève de l’éthique.
Il en va ainsi de l’euthanasie qui est illégale, mais parfois légitime. C’est sans doute pour cela qu’en Suisse, l’euthanasie active n’est pas permise, par contre l’euthanasie passive et l’aide au suicide sont tolérés. C’est une affaire d’éthique.
Ainsi, dans le cas de l’espace de consommation, je peux parfaitement comprendre que certaines personnes considèrent, pour des raisons morales, comme inadmissible l’installation d’un local d’injection. Par contre je demande à ces personnes de comprendre aussi que les partisans du local d’injection et d’inhalation estiment que ce local répond à des considérations éthiques.
Je peux comprendre que les opposants s’en tiennent strictement à la norme : la drogue est illégale. Mais je demande que ces personnes reconnaissent que la norme conduit à un conflit : la drogue est interdite, mais il y a des drogués, certains en meurent ou y restent plongés dans un état sanitaire catastrophique, on n’a pas le droit de les laisser comme ça. Que faire ?
La sagesse pratique veut que dans ce cas, l’ouverture du local d’injection et d’inhalation soit la solution éthique au problème des conditions d’existence des toxicomanes à Lausanne. En attendant l’abstinence qui est la solution morale.





Espace de consommation de drogues, morale et éthique
Alain Hubler, conseiller communal AGt de Lausanne, disserte sur la morale et l’éthique à l’occasion du vote du conseil communal de Lausanne en faveur d’un local de consommation.