Dans son blogue, le Dr Jean Martin esquisse une réflexion sur cette technologie du futur en plein développement. Son billet m’a mis la puce à l’oreille, si l’on peut dire.
C’est ainsi que je suis tombé sur un article du Monde, daté du 9 décembre 2006, dans lequel il est question des applications militaires des nanotechnologies. En voici quelques extraits :
A Cambridge, aux Etats-Unis, 160 personnes y travaillent dans un lieu, l’ «Institute for Soldier Nanotechnologies», créé il y a trois ans par des équipes du Massachusetts Institute of Technology et auquel participent des partenaires industriels tels Dupont, Partners Healthcare et Raytheon. Le centre a reçu un contrat du département de la défense de 50 millions de dollars pour cinq ans.
«Nos chercheurs veulent transformer l’uniforme de coton et les lourds gilets pare-balles en un assemblage de systèmes intégrés composés de nanoparticules qui se trouveront dans l’uniforme, les casques, les gants et protégeront les soldats» explique Franklin Hadley, porte-parole de l’ISN.
(…)
Une autre équipe a développé des structures moléculaires capables de s’ouvrir et de se fermer quand elles reçoivent une impulsion électrique. Des millions de ces molécules, associées entre elles, pourraient se transformer en muscles supplémentaires pour donner aux soldats «plus de force pour porter ou sauter».
(…)
L’uniforme du futur de l’armée américaine pourra également soigner automatiquement les hémorragies, les fractures, éviter les infections.
Ce genre d’applications a pour but d’ouvrir notre «civilisation» à la guerre perpétuelle, sans mort et sans risque, du moins du côté des forces officielles et dominantes en présence. Mais qu’en est-il des populations civiles ?
Et après ce genre de nouvelles, on s’étonnera que certains, dont je fais partie, remettent en question les «progrès» de la toute-puissante Science ?









La description de ce projet est très largement au dessus de tout ce qu’on peut raisonnablement envisager des nanotechnologies dans les prochaines décennies. Comme souvent aux USA, lancer un projet aussi futuriste qu’irréalisable genre “bouclier spatial” ou “Guerre des Etoiles” permet de débloquer d’énormes crédits de recherche à long terme, et c’est là le but essentiel de ce genre de délire.
Pour flipper sur la nanotechnologie, on peut aussi lire “Prey” de Michael Crichton.
Comme je l’explique dans un article “Mini Micro Nano” sur mon blog, la nanotechnologie est une évolution normale de la tendance à la miniaturisation, qui pourrait (conditionnel futur…) permettre de fusionner avec la biochimie et/ou l’informatique à condition de mettre au point les outils nécessaires.
A propos des “progrès de la toute-puissante science”, ne pas confondre science (= connaissance, étymologiquement), technique (application des connaissances pour faire des trucs utiles) et business (consistant à gagner du fric en créant le besoin de trucs).
La distinction est aussi essentielle qu’entre la philosophie d’Aristote et les péripatéticiennes (oui oui, il y a un lien, cherchez bien
)
Certes, la confusion entre science, technique et business existe … mais souvent à juste titre, car la limite est souvent infime ou vite franchie.
C’est sans doute ce qui est apparu évident aux yeux d’Einstein et d’Oppenheimer lorsqu’ils se sont rendu compte de l’efficacité technique de leurs découvertes scientifiques lorsque la bombe A a explosé à Hiroshima.
C’est d’ailleurs pour cela que par la suite ils ont appelé à renoncer à cette technologie.
Il est vrai que l’armee americaine et sa “science” fait parfois un peu peur…mais comme le dit Dr. Goulu, ce genre de delires permet souvent de debloquer des fonds de recherche a long terme, qui finance, par example, la recherche sur les cellules solaires, dont la nanotechnologie exerce une force majeure et qui nous aidera surement a surmonter notre probleme de manque de source d’energie.
A ne pas oublier quand-meme, chers bloggeurs, que sans l’armee americaine et ses delires futuristes, le world wide web ne serait pas la…
Euh … bonjour Cecile.
Vous êtes certaine de ce que vous avancez sur le www et l’armée américaine ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee
Ok, faute de terme, le WWW fut cree par Tim Berners mais le concept d’internet, le protocole de base du WWW, a ete cree et finance par le “Defense Advanced Research Projects Agency” (an agency of the United States Department of Defense responsible for the development of new technology for use by the military.)
A Brief History of the Internet and Related Networks
Introduction
In 1973, the U.S. Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) initiated a research program to investigate techniques and technologies for interlinking packet networks of various kinds. The objective was to develop communication protocols which would allow networked computers to communicate transparently across multiple, linked packet networks. This was called the Internetting project and the system of networks which emerged from the research was known as the “Internet.” The system of protocols which was developed over the course of this research effort became known as the TCP/IP Protocol Suite, after the two initial protocols developed: Transmission Control Protocol (TCP) and Internet Protocol (IP).
http://www.isoc.org/internet/history/cerf.shtml
Chers amis de science,
J’ai lu avec attention cet article dédié aux différentes nanotechnologie.
Etant issu de la fillière de CFC de la chimie dans le canton de Vaud (avec M. Hubler comme enseignant), je suis de manière active les différentes avancées technologiques, et plus particulièrement le domaine du nano.
Ayant exercé mon activité professionnelle dans la chimie pharmaceutique, je vais vous présenter le point de vue suivant:
- il est évident que les nanotechnologies (rien que par leur nom barbare pour la plupart des mortels) peuvent et doivent dans une certaine mesure inviter à la prudence.
- dans le cadre d’une activité dans les activités médicales et notamment les activités permettant un soin plus ciblé en profondeur par application local doivent nous interpeller et doivent se développer de manière active afin de permettre d’amener de nouvelle thérapie moins contraignante.
- J’entends dans le deuxième point par remplacer les thérapies moins contraignantes, les nouvelles possibilités qui seraient offertes en terme de soin dans le cadre du développement de produit “type cosmétique” (crème, baume,etc…) de thérapie cellulaire pouvant aider la reconstruction musculaire, ligamentaire, ou d’autre constituants tissulaires nécessitant souvent des durées de convalescences lourdes et ayant besoin de soin lourd, en les rendant bien plus simple et moins contraignante et pour le malade et pour le soignant.
Je pense que les nanotechnologies allant dans le sens médical, accessible à tous est une bonne chose. Il est clair qu’en lisant l’article de M. Hubler on peux prendre peur. Il est évident également que sans l’armée, beaucoup de technologies n’auraient jamais vu le jour, il faut juste trouver le bon compromis!!
Bonjour Julien et bienvenue !
Mon propos n’est pas de “faire peur”, juste de “faire réfléchir”.
Par ailleurs je m’interroge sur la finalité de tout cela : argent, invincibilité, éternité, esthétique, bien-être … Pour qui, à quelles conditions ?
Un vaste débat qu’il est difficile de réduire à un message sur un blogue.
Quant à trouver le “bon compromis”, c’est une tâche ardue. Et d’abord qui participe à trouver ce bon compromis ?
Pour conclure, je me méfie des avancées scientifiques militaires. Il y a une phrase qui me reste toujours en mémoire. C’est celle de Bainbridge, le physicien responsable du test de la bombe atomique qui déclara lorsqu’elle explosa pour la première fois dans le désert du Nouveau-Mexique :
« Maintenant, nous sommes tous des salauds. »
Plus tard, Oppenheimer reconnaîtra :
« C’est la remarque la plus pertinente qui ait été faite après le test ».